Vous remplissez un verre au robinet de la cuisine. Tout ce que vous boirez d’ici ce soir tient dans un centième de l’eau que le réseau vous livre aujourd’hui.
Un habitant consomme en moyenne 145 litres d’eau potable par jour, soit 53 mètres cubes sur l’année, selon le dernier panorama de l’observatoire Sispea. Un pour cent de ce volume est bu : 1,45 litre. Les 143 autres litres servent à se laver, à tirer la chasse, à faire tourner une machine et à arroser.
Les chiffres à retenir
- 145 litres par habitant et par jour, soit 53 m³ sur l’année (observatoire Sispea)
- 1,45 litre bu par jour, 530 litres sur l’année, soit 1 % du volume domestique
- 4,69 € TTC le mètre cube, dont 2,32 € d’eau potable et 2,37 € d’assainissement
- 249 € par personne et par an, soit 68 centimes par jour
- 2,49 € : ce que coûte, sur l’année, toute l’eau que vous buvez au robinet
- 135 litres d’eau embouteillée par habitant et par an, pour 23 à 50 € (Maison des eaux minérales naturelles)
- 39 % du volume passe dans la douche et le bain, 20 % dans les toilettes
- 1 litre sur 5 se perd dans les canalisations avant d’atteindre un compteur
Sur 145 litres par jour, un seul finit dans un verre
Les agences de l’eau diffusent une clé de répartition qui bouge très peu d’une enquête à l’autre. Sur l’eau qui entre dans un logement, 93 % sert à l’hygiène et au nettoyage, 7 % à l’alimentation. Dans ces 7 %, la cuisson, le rinçage des légumes et le café prennent six parts sur sept. Il reste 1 % pour la boisson.
Rapportée aux 145 litres quotidiens, cette clé donne 1,45 litre bu par personne et par jour. Le résultat tombe juste sous la référence de l’Anses, qui situe l’apport de boisson d’un adulte entre 1,5 et 2 litres, le reste de l’apport hydrique venant des aliments, à hauteur de 0,7 à 1 litre.
Un pourcentage se retient mal, un rapport se retient bien. Une douche emporte 40 à 60 litres, un bain de 120 à 200. Un seul bain avale donc 100 jours de boisson.
| Usage domestique | Part du volume (%) | Litres / jour / personne | Coût (€ / an / personne) | Source de la part |
|---|---|---|---|---|
| Douche et bain | 39 | 57 | 97 | agences de l’eau |
| Toilettes | 20 | 29 | 50 | agences de l’eau |
| Lessive | 12 | 17 | 30 | agences de l’eau |
| Entretien, jardin, voiture | 12 | 17 | 30 | agences de l’eau |
| Vaisselle | 10 | 15 | 25 | agences de l’eau |
| Cuisine | 6 | 9 | 15 | agences de l’eau |
| Boisson | 1 | 1,45 | 2,49 | agences de l’eau |
L’eau bue est le poste le plus visible du logement, et le plus petit. Un geste sur le verre ne bouge rien sur une facture. Un geste sur la douche, si.
L’eau que vous buvez coûte 2,49 € par an
Le dernier prix moyen publié par l’observatoire Sispea est de 4,69 € TTC le mètre cube, pour une consommation de référence de 120 mètres cubes. Deux lignes le composent : 2,32 € pour l’eau potable, 2,37 € pour l’assainissement. La moitié de ce que vous payez concerne donc l’eau qui repart, pas celle qui arrive.
Le litre revient à 0,47 centime. Les 53 mètres cubes d’un habitant coûtent 249 € sur l’année, soit 68 centimes par jour. La facture de référence de l’observatoire, celle des 120 mètres cubes, atteint 563 €.
Appliquez maintenant le 1 % de boisson à ces 249 €. L’eau que vous buvez vous coûte 2,49 € par an. Le prix d’un café en terrasse, pour 530 litres.
Ce que votre foyer paie, et la part qu’il boit
La bouteille revient 36 à 80 fois plus cher
Un habitant achète 135 litres d’eau embouteillée par an d’après la Maison des eaux minérales naturelles, soit un peu plus d’un tiers de litre par jour. Le marché pèse 9 milliards de litres, dont 4,6 milliards d’eau minérale naturelle et 4,4 milliards d’eau de source.
Ces 135 litres s’ajoutent aux 530 litres tirés au compteur. Additionnés, ils portent la boisson quotidienne à 1,8 litre, très près de la recommandation. Les deux volumes ne se croisent jamais dans une même publication : le premier est compté par les embouteilleurs, le second par les services d’eau.
L’écart de prix se lit au litre. Une eau de source à 0,17 € le litre revient 36 fois plus cher que le robinet, une eau minérale à 0,37 € près de 80 fois. Sur l’année, 135 litres de bouteille coûtent 23 à 50 €, contre 2,49 € pour les 530 litres du réseau. Quatre fois moins de volume, dix à vingt fois plus d’argent.
Le contenant fait l’arbitrage, et il se chiffre aussi. Une gourde ordinaire coûte 10 à 25 €, quand les modèles à électrolyse comparés par gourde-hydrogene.fr se situent entre 50 et 65 €. Au prix moyen de l’eau embouteillée, la première est remboursée en quatre à neuf mois, les seconds en une vingtaine de mois.
Ce que « 145 litres » compte, et ce qu’il laisse dehors
Le chiffre couvre l’eau facturée aux abonnés domestiques, relevée au compteur, divisée par la population desservie. Il ne compte ni l’eau perdue avant ce compteur, ni les usages collectifs de l’école, de l’hôpital ou du lavage des rues, ni l’eau embouteillée.
La perte n’a rien d’anecdotique. Un litre sur cinq s’échappe des canalisations avant d’arriver chez quelqu’un : pour 145 litres consommés, il faut en produire environ 181. Le réseau qui les transporte mesure 900 000 kilomètres pour l’eau potable et 425 000 pour l’assainissement, et dessert 26 millions d’abonnés.
L’observatoire publie lui-même deux nombres différents. Son tableau de bord affiche 148 litres, son dernier panorama 145, et la série oscille entre 143 et 150 selon l’exercice retenu. Rien de suspect là-dedans : le champ des services contributeurs bouge d’un exercice à l’autre, et 60 % seulement des services d’eau potable alimentent l’observatoire. La fourchette vaut mieux que la décimale.
| Ce qui est mesuré | Valeur | Champ couvert | Source |
|---|---|---|---|
| Consommation domestique par habitant | 145 L/jour, 53 m³/an | eau facturée aux abonnés, France entière | Sispea (OFB) |
| Chiffre clé du tableau de bord | 148 L/jour | même série, autre exercice | Sispea (OFB) |
| Consommation résidentielle francilienne | 100 L/jour, 36 m³/an | 133 communes du Sedif, résidentiel seul | Insee |
| Consommation d’un foyer moyen | 329 L/jour, 120 m³/an | tous usages du logement, 2,5 personnes | Insee |
| Eau embouteillée achetée | 135 L/an, 0,37 L/jour | achats des ménages | Maison des eaux minérales naturelles |
De 52 à 178 litres selon la commune où vous habitez
Sur les 133 communes franciliennes desservies par le Sedif, l’Insee relève 100 litres par habitant et par jour, contre 147 pour la France entière, avec un écart de 52 à 178 litres d’une commune à l’autre. Les trois quarts des logements y sont des appartements, contre 43 % dans l’ensemble du parc de logements : ni jardin à arroser, ni piscine à remplir.
Le niveau de vie pèse autant que le climat. Dans les quartiers franciliens les plus aisés, la consommation atteint 43 mètres cubes par an, contre 32 dans les plus modestes. À l’échelle des régions, l’écart va de 109 litres par jour dans le Nord à 228 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, soit un rapport de un à deux.
L’âge et le mode de vie ajoutent leur part : 69 litres pour un enfant, 105 pour une personne âgée, 90 pour un ménage à revenu modeste, 204 pour un sportif, 230 pour un Français en vacances. Le prix suit le même désordre, puisqu’il se fixe service par service : 6,12 € le mètre cube dans le Doubs, contre 4,69 € en moyenne nationale.
Aucun foyer réel ne consomme 145 litres par tête. La moyenne dit surtout que le pays se lave à peu près partout de la même façon, et qu’il arrose très différemment.
Un robinet qui goutte coûte 66 fois ce que vous buvez
Les fuites intérieures pèsent 15 à 20 % de la consommation d’un ménage, et elles ne se voient jamais sur un compteur qu’on ne relève pas. Un goutte-à-goutte débite 4 litres par heure : 35 mètres cubes sur l’année, 164 € au prix moyen. Un mince filet monte à 16 litres par heure, soit 140 mètres cubes et 657 €. Une chasse d’eau qui fuit atteint 25 litres par heure, 220 mètres cubes, 1 032 €.
Ce dernier montant vaut près du double de la facture annuelle d’un foyer de référence, et 414 fois le coût annuel de l’eau qu’une personne boit.
Un foyer de 2,5 personnes consomme 329 litres par jour selon l’Insee, soit 120 mètres cubes par an. Ce n’est pas 145 litres multipliés par 2,5, qui donneraient 362 : la vaisselle, la lessive et le ménage d’un logement coûtent à peu près le même volume qu’on y vive seul ou à quatre. Une personne seule consomme donc plus, par tête, qu’une famille.
Ce que ces chiffres disent ensemble
L’eau potable est l’un des rares postes du budget dont le prix unitaire est si bas que plus personne ne compte les unités. À 0,47 centime le litre, aucun foyer n’a de raison de surveiller ses verres, et la boisson pèse 2,49 € sur une facture de 249 €.
Ce qui pèse, c’est tout ce qu’on ne boit pas. La douche, la chasse, la machine, le tuyau d’arrosage, et surtout ce qui coule sans qu’on l’entende : un joint fatigué coûte en un an ce que coûtent 66 ans de verres d’eau. Relever son compteur deux fois dans l’année et comparer les deux relevés rapporte davantage que tous les arbitrages sur le contenu du verre.