La bouilloire se met à souffler dans la cuisine. Porter un litre d’eau à ébullition lui demande trois minutes à pleine puissance et environ 120 watts-heure, l’unité qui dit ce qu’un appareil consomme pour de bon : des watts multipliés par une durée. Le réfrigérateur qui ronronne à côté ne tire que 36 watts en moyenne, mais il ne s’arrête jamais, et sur la même journée il pèsera sept fois plus que le litre d’eau du matin. Toute la consommation des appareils électriques d’un logement se joue entre ces deux grandeurs. Les tableaux de l’ADEME et les mesures de l’Arcep la chiffrent geste par geste : la charge, le cycle, la nuit.
Les chiffres à retenir
- 19 Wh : la charge d’un smartphone, 7 kWh sur l’année (ADEME)
- 120 Wh : le litre d’eau porté à ébullition, pertes comprises
- 290 Wh : la nuit d’un réfrigérateur combiné, sur la base de 315 kWh par an (ADEME)
- 260 Wh : la journée entière d’une box internet (ADEME)
- 90 % : la part de l’électricité d’une box absorbée hors de tout trafic, mesurée sur 36 modèles (Arcep)
- 430 à 900 Wh : le cycle, du lave-linge au lave-vaisselle (ADEME)
- 400 kWh : l’année de veilles d’un foyer, autour de 80 € (ADEME)
Une charge de téléphone vaut 19 watts-heure, l’année entière 1,50 €
Un smartphone rechargé chaque jour consomme 7 kWh par an selon l’ADEME, soit 19 watts-heure par charge. La batterie en stocke à peine moins : autour de 19 Wh pour une capacité de 5 000 mAh sous 3,85 volts, le chargeur perdant le reste en chaleur. À 20 centimes le kilowatt-heure, le prix retenu dans les tableaux de l’agence, l’année complète de recharges revient à 1,50 €. L’ordinateur portable joue dans la même cour : 25 kWh par an pour un peu plus de trois heures d’usage quotidien. Le poste fixe avec son écran monte à 140 kWh. Presque six fois plus. Ce qui fonctionne sur batterie se recharge pour des sommes invisibles sur une facture ; ce qui reste branché au mur se voit.
La bouilloire tire en trois minutes ce que la box tire en une demi-journée
D’un côté 2 200 watts, de l’autre une dizaine. La physique fixe le plancher de la bouilloire : élever un litre d’eau du robinet au point d’ébullition demande 99 watts-heure, et les pertes de la résistance comme des parois portent l’opération réelle vers 120. Un litre bouilli chaque matin finit l’année à 45 kWh, exactement le niveau d’un décodeur TV d’après l’ADEME. La règle vaut pour toute la cuisine : ce qui chauffe tire fort et brièvement, ce qui veille tire peu et tout le temps, et à l’année le second l’emporte souvent.
Le réfrigérateur ne s’arrête jamais, et sa nuit tient en 290 watts-heure
Un réfrigérateur combiné consomme 315 kWh par an d’après l’ADEME, un modèle une porte 180, un congélateur 300. Rapportés aux 8 760 heures d’une année, les 315 kWh du combiné font 36 watts de moyenne, arrêts du compresseur compris : une nuit de huit heures lui prend donc environ 290 watts-heure, porte fermée. Voilà le premier poste du quotidien hors chauffage. Sa puissance est modeste ; il est le seul appareil de la maison qu’on ne débranche jamais. Les meilleurs combinés neufs de classe A redescendent à 100 kWh par an. Trois fois moins que le parc moyen.
La nuit de vos appareils, en watts-heure
Du lave-linge au four, le cycle se compte en centaines de watts-heure
Les appareils à programme se jugent au cycle plutôt qu’à l’heure, et le calcul tient en une division : la consommation annuelle moyenne relevée par l’ADEME, ramenée au nombre de cycles qu’elle compte pour chaque machine. Le lave-vaisselle ressort à environ 900 watts-heure le programme, le four électrique à 700 la cuisson, la plaque vitrocéramique à 490, le lave-linge à 430. Le sèche-linge, lui, se compte à l’année : 180 kWh, plus de deux fois le lave-linge et ses 85 kWh, pour le même panier de vêtements. Sécher coûte plus cher que laver.
| Appareil | Cycles par an | Wh par cycle | Centimes par cycle |
|---|---|---|---|
| Lave-vaisselle (14 couverts) | 166 | 900 | 18 |
| Four électrique (63 litres) | 187 | 700 | 14 |
| Plaque vitrocéramique | 409 | 490 | 10 |
| Lave-linge (8 kg) | 198 | 430 | 9 |
Consommations moyennes du parc selon l’ADEME ; le coût est calculé à 20 centimes le kilowatt-heure.
La box consomme surtout quand personne ne s’en sert
Une box internet consomme 95 kWh par an selon l’ADEME, environ 260 watts-heure par jour. La dernière enquête de l’Arcep, menée sur 36 modèles, dit d’où ils viennent : 90 % de cette électricité est absorbée hors de tout trafic, l’appareil tirant presque autant à trois heures du matin qu’en pleine visioconférence. L’éteindre huit heures par nuit rend 30 à 44 kWh par an. Le geste rapporte 6 à 9 €. La télévision, elle, consomme en marche : 155 kWh par an sur la base de six heures d’écran quotidiennes, soit 425 watts-heure par soirée pour 70 watts appelés.
Une réserve de 1 000 Wh, l’étalon qui rend tout comparable
Les watts-heure ont un mérite que les étiquettes en watts n’ont pas : ils s’additionnent. Les stations électriques portables donnent l’échelle la plus parlante, puisque leur réservoir s’affiche dans la même unité que les consommations ci-dessus, de 250 à plus de 2 000 Wh selon les modèles d’après les capacités relevées par meilleure-station-electrique.fr. Une réserve de 1 000 Wh couvre trois nuits de réfrigérateur combiné, une cinquantaine de charges de téléphone, quatre jours de box ou huit litres d’eau bouillie. Face à un ballon d’eau chaude en chauffe, qui appelle de l’ordre de 2 400 watts, la même réserve fondrait en vingt-cinq minutes.
Les veilles pèsent neuf fois la bouilloire
Un foyer garde 15 à 50 appareils en veille selon l’ADEME, pour une puissance cumulée qui dépasse souvent 50 watts. Multipliée par les 8 760 heures de l’année, cette poussière de watts coûte environ 80 €, soit 400 kWh : près de neuf fois le litre d’eau bouilli chaque matin, sans avoir servi une seule fois. Une multiprise à interrupteur coupée la nuit en récupère une bonne part. Le numérique dans son ensemble, box et écrans compris, prend 11 % de la consommation électrique du pays, toujours d’après l’agence.
Ce que ces chiffres disent ensemble
La hiérarchie ne se joue ni sur la box ni sur le téléphone. Tout ce qui produit du chaud écrase le reste : 1 300 kWh par an pour un ballon d’eau chaude, 1 000 pour le chauffage électrique d’un appartement, 5 000 pour une maison chauffée tout électrique, moitié moins quand elle fait partie des logements passés à la pompe à chaleur. Le smartphone, année entière de recharges comprise, tient dans 7. Entre les deux, le froid gagne par l’endurance ce qu’il n’a pas en puissance. L’étiquette de la bouilloire impressionne avec ses 2 200 watts, celle du réfrigérateur rassure avec ses 36 watts de moyenne, et c’est pourtant le second qui pèse sur la facture. Une puissance ne dit rien tant qu’on ne l’a pas multipliée par une durée.