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Combien de café boit un Français par jour

La consommation de café en France ramenée à la tasse : 4,3 kilos torréfiés par habitant, entre 1,9 et 2,3 tasses par jour pour un buveur quotidien, et la conversion que presque tout le monde rate.

Fabien Mauduit 8 min de lecture

Grains de café torréfiés débordant d'une cuillère doseuse en métal posée sur un plan de travail sombre.

Un buveur de café quotidien avale en France entre 1,9 et 2,3 tasses par jour. J’ai mis du temps à sortir cette fourchette, parce que j’ai longtemps recopié les cinq kilos par habitant et par an sans regarder ce que ce kilo pesait au juste. Il pèse du café vert, cru, tel qu’il sort du sac de 60 kilos. Le grain perd un sixième de sa masse à la torréfaction, et les conversions en tasses qui circulent partent donc toutes du mauvais nombre.

Remis à l’endroit, le calcul de la consommation de café en France donne des ordres de grandeur plus modestes que la réputation du pays.

  • 232 000 tonnes de café torréfié écoulées chaque année, tous circuits confondus
  • 4,3 kilos de café torréfié par habitant et par an, soit 5,1 kilos en équivalent café vert
  • 1,3 à 1,7 tasse par jour et par habitant, nourrissons compris
  • 33 à 42 milliards de tasses bues chaque année dans le pays
  • 86 % des volumes bus à domicile, 14 % au bar, au restaurant ou au bureau
  • 34 % des kilos vendus en dosettes et capsules, pour 65 % de la facture
  • 3,4 kilos par habitant au compteur du panel, contre 8,8 en Finlande

Le kilo par habitant compte du café vert, pas du café en tasse

Le chiffre repris partout vient de l’Organisation internationale du café, qui mesure la consommation d’un pays en sacs de 60 kilos de café vert. Sa règle de conversion est publique : on multiplie un poids de café torréfié par 1,19 pour retrouver le café cru dont il est issu. Six kilos verts donnent cinq kilos torréfiés, et le reste part en eau et en pellicule dans le tambour du torréfacteur.

L’organisation crédite la France de 350 000 tonnes équivalent vert. Rapporté à 68 millions d’habitants, cela fait 5,1 kilos de café vert, donc 4,3 kilos de café réellement moulu et passé. L’écart, presque un kilo par personne et par an, vaut deux mois de consommation. L’arrondi n’y est pour rien.

La première divergence entre sources est là, et personne ne la signale : une organisation qui compte des sacs de grain cru et un panel qui compte des paquets en rayon ne pèsent pas la même matière.

De la tonne à la tasse, le dénominateur décide de tout

Deux inconnues séparent la tonne de la tasse. La dose d’abord : un expresso serré tient sur 7 grammes de moulu, un mug filtre en demande 8 à 10, une capsule n’en contient que 5,5. La population ensuite, selon qu’on divise par tous les habitants ou par ceux qui en boivent.

À 7 grammes la tasse, les 350 000 tonnes de l’Organisation internationale du café font 42 milliards de tasses par an, soit 1,7 tasse quotidienne par habitant. Le panel Euromonitor, qui ne retient que ce qui se vend en magasin et en restauration, s’arrête à 232 000 tonnes de torréfié : 33 milliards de tasses, et 1,3 tasse par habitant.

Le Syndicat français du café avance que 72 % des Français en boivent chaque jour. Rapportés à ces 49 millions de buveurs, les mêmes volumes donnent 1,9 à 2,3 tasses par jour. C’est de là que sort le « 2,3 tasses » qu’on lit partout, et que personne ne pose.



Un tiers des kilos en dosettes, deux tiers de la facture

Les dosettes et capsules pèsent 34 % du café vendu en France en volume et 65 % en valeur, d’après les relevés Euromonitor publiés par la Fédération européenne du café. Les deux parts suffisent à établir le rapport de prix : le kilo servi en portion individuelle coûte 3,6 fois le kilo de moulu ou de grain. En ordre de grandeur, 45 € contre 12 €.

Part des dosettes et capsulesEn volumeEn valeur
Irlande61 %78 %
Pays-Bas35 %51 %
France34 %65 %
Italie15 %56 %
Allemagne13 %25 %
Finlande1 %5 %
Moyenne de l’Union européenne16 %39 %

Deux pays seulement devancent la France sur la portion individuelle, qui pèse ici plus du double de la moyenne européenne. Le nord du continent, lui, n’y est jamais passé : la Finlande et la Suède restent sous 2 %, parce qu’on y boit de grands volumes de filtre, pour lesquels la capsule ne tient pas la comparaison de prix.

La consommation de café en France reste sous celle de ses voisins

En rapportant les tonnages du panel aux populations d’Eurostat, la France apparaît nettement sous les pays qu’on lui associe. Elle boit moins que l’Allemagne, moins que le Danemark, et deux fois et demie moins que la Finlande.

PaysVolume torréfiéPar habitant
Finlande49 000 t8,8 kg
Suède87 000 t8,3 kg
Danemark34 000 t5,8 kg
Allemagne450 000 t5,4 kg
Belgique50 000 t4,3 kg
France232 000 t3,4 kg
Italie186 000 t3,2 kg
Espagne144 000 t3,0 kg

Le classement ne bouge pas si l’on prend l’autre source. Sur la base des sacs de café vert, l’Allemagne consomme 550 000 tonnes et l’Italie 350 000, autant que la France avec dix millions d’habitants de moins. Le pays de l’expresso boit peu de café, en très petites tasses.

Le prix du café a pris 42 % en cinq ans, après cinq ans immobile

L’indice INSEE du café en grains ou moulu n’avait pas bougé pendant la première moitié de la décennie écoulée. Il a tout rattrapé sur la seconde.

Indice INSEESur dix ansDont cinq dernières années
Café en grains ou moulu+44 %+42 %
Alimentation, restauration comprise+31 %+22 %
Ensemble des prix, hors tabac+20 %+15 %

La dernière année observée porte à elle seule 14 points de hausse sur le café, contre 1,5 point sur l’ensemble de l’alimentation. La cause n’est pas française : le café est une matière première tropicale cotée en dollars, et la France n’en produit pas un gramme. Ce que paie le consommateur suit le cours du grain vert avec un décalage de quelques mois, le temps que les torréfacteurs écoulent les stocks achetés au prix d’avant.

Les enquêtes déclarent trois tasses, les tonnages en donnent deux

Interrogés par Ipsos pour Nescafé Dolce Gusto sur un échantillon de 1 000 personnes de 18 à 75 ans, 73 % des Français se disent buveurs quotidiens, et 53 % de ces consommateurs annoncent trois tasses par jour. Le Syndicat français du café, sur un relevé plus large, compte 94 % de buveurs de café dans la population, dont 72 % tous les jours. Les deux enquêtes tombent au même endroit sur la part de quotidiens. Sur le nombre de tasses, non.

Trois tasses déclarées contre 2,3 tasses calculées : l’écart d’un tiers n’a rien d’étonnant, et il se retrouve dans toutes les enquêtes de consommation alimentaire. Un répondant compte la tasse qu’il prépare pour quelqu’un d’autre, arrondit au-dessus, et se souvient mieux des journées chargées que des dimanches. Le tonnage, lui, ne compte que ce qui a été acheté.

La même enquête livre au passage le chiffre qui explique la place de la capsule : 54 % des foyers possèdent une machine à capsules ou à dosettes.

Questions fréquentes

Combien de tasses de café boit-on hors de chez soi ? Le hors-domicile pèse 14 % des volumes, soit près de 33 000 tonnes et 4,7 milliards de tasses par an. Cela fait 69 tasses par habitant et par an, à peine plus d’une par semaine.

Le café soluble compte-t-il encore ? Environ 15 000 tonnes, à peine 6,5 % des volumes français, contre plus d’un tiers en Hongrie et en Bulgarie.

D’où vient le café bu en France ? Le Brésil fournit 35 % du café vert entré dans l’Union européenne et le Viêt Nam 23 %. L’arabica pèse 61 % des importations, le robusta 35 %.

Est-ce un gros marché à l’échelle européenne ? À égalité avec l’Italie, la France est le deuxième consommateur de l’Union derrière l’Allemagne. L’Union boit 2,54 millions de tonnes, soit le quart du café du monde.

Ce que ces chiffres disent ensemble

La France est un grand marché du café et un petit buveur de café. Ces deux propositions tiennent ensemble parce que le pays est peuplé : 68 millions d’habitants à 3,4 kilos font plus de tonnes que 5,5 millions de Finlandais à 8,8 kilos, sans que personne ici boive beaucoup.

La taille de la tasse explique le reste. Une capsule de 5,5 grammes rend 40 millilitres de liquide ; une cafetière filtre scandinave part sur 9 grammes et remplit un mug. Deux tasses par jour d’un côté, davantage et plus grandes de l’autre : l’écart de 3,4 à 8,8 kilos se joue entièrement là, dans la dose et dans le contenant, pas dans l’attachement au café.

Reste le prix. Un Français achète 73 € de café par an, un Finlandais 87 € pour deux fois et demie plus de kilos. La dosette et la capsule emportent ici 34 % des kilos vendus, contre 1 % en Finlande. Boire peu et payer cher, voilà la particularité française.

Dans « Ce que les Français mangent »

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