J’ai recopié le chiffre de sept millions de pompes à chaleur en service sans jamais le rapprocher d’un autre, publié par la même administration. Le voici : une résidence principale sur dix se chauffe à la pompe à chaleur, soit un peu plus de trois millions de logements. J’ai cherché lequel des deux était faux. Aucun ne l’est.
La France compte environ sept millions de pompes à chaleur installées, d’après le décompte de l’association européenne EHPA. C’est le premier parc du continent, sur vingt-huit millions d’appareils recensés en Europe. Ce total additionne des machines qui ne font pas le même métier. L’écart vient de là.
- Près de 7 millions d’appareils en service, devant l’Italie et l’Allemagne.
- 10 % des résidences principales chauffées principalement par une pompe à chaleur, soit environ 3,2 millions de logements sur 31,7 millions.
- Plus de 2 millions de pompes à chaleur air-eau installées ; les air-air sont quatre fois plus nombreuses.
- 179 377 pompes à chaleur air-eau vendues sur le dernier exercice complet, contre 307 000 deux ans plus tôt.
- 803 661 pompes à chaleur air-air de moins de 17,5 kW vendues dans l’année, un volume quasi inchangé.
- 2 513 pompes à chaleur géothermiques vendues : trois cents fois moins que l’air-air.
- 51,9 TWh de chaleur renouvelable produite par le parc, dont 54 % par les seules air-air.
- Moins de 5 appareils vendus pour 1 000 foyers chaque année, contre plus de 30 en Suède et en Finlande.
Trois chiffres répondent à la question, et aucun n’est faux
Le nombre de pompes à chaleur en France change du simple au triple selon ce qu’on accepte de compter. Un logement peut en porter plusieurs, un multisplit compte pour une machine mais dessert trois pièces, et une bonne partie du parc n’a jamais été achetée pour chauffer.
| Ce qu’on compte | Le nombre | Ce qui entre, et ce qui reste dehors |
|---|---|---|
| Appareils en service, toutes technologies | environ 7 millions | inclut les split réversibles installés d’abord pour rafraîchir |
| Logements chauffés principalement par une PAC | environ 3,2 millions | résidences principales de métropole, chauffage principal seulement |
| Pompes à chaleur air-eau installées | plus de 2 millions | le chauffage central électrique, sur radiateurs ou plancher |
Le SDES l’écrit sans détour : les géothermiques et la plupart des air-eau chauffent, quand une grande partie des air-air sert autant à rafraîchir. Le total de sept millions compte donc des machines thermodynamiques. Le parc de systèmes de chauffage tient dans la moitié.
L’air-air et l’air-eau ne remplacent pas le même appareil
Une air-eau chauffe de l’eau et l’envoie dans le circuit existant, radiateurs ou plancher ; elle produit le plus souvent l’eau chaude sanitaire, exige une semaine de chantier et prend la place d’une chaudière. Une air-air souffle de l’air chaud ou froid par des unités murales, ne fournit aucune eau chaude, s’installe en une journée et prend la place de convecteurs, quand elle ne s’ajoute pas à un chauffage déjà en place.
Les additionner écrase la différence de puissance. Quatre fois moins nombreuses, les air-eau produisent 23,1 TWh de chaleur renouvelable contre 31,6 TWh pour les air-air : chaque air-eau installée porte donc près de trois fois la charge de chauffage d’une air-air. La géothermie, elle, stagne à 4 TWh depuis une quinzaine d’années.
C’est pourquoi une annonce sur le marché de la pompe à chaleur ne veut rien dire tant qu’on ignore laquelle des deux elle décrit. Un été de canicule fait bondir les ventes d’air-air sans qu’une seule chaudière ait été déposée.
Ce qui se vend chaque année, par technologie
| Technologie | Unités vendues sur le dernier exercice | Sur un an | Chaleur produite par le parc |
|---|---|---|---|
| PAC air-air de moins de 17,5 kW | 803 661 | − 0,1 % | 31,6 TWh |
| PAC air-eau | 179 377 | − 1,8 % | 23,1 TWh |
| PAC air-air de forte puissance | environ 4 400 | + 9,3 % | tertiaire, non isolé |
| PAC géothermiques | 2 513 | − 6,2 % | 4 TWh |
Les volumes viennent des déclarations des industriels à Uniclima, la chaleur produite du SDES. Les deux tiers des air-air partent en monosplit, un tiers en multisplit.
Le marché de l’air-eau a perdu plus de 40 % en un an, tombant de 307 000 à 182 685 machines, avant de se stabiliser tout juste en dessous. La cause est budgétaire plus que technique : le guichet d’aide à la rénovation a été suspendu en cours d’été puis rouvert à l’automne, et les ventes ont suivi mois par mois. Le marché des chaudières recule au même moment, à 422 000 unités contre 715 000 quatre ans plus tôt. La chaudière ne récupère donc rien du terrain perdu. C’est le renouvellement du chauffage qui ralentit en bloc.
Une résidence principale sur dix, et huit points gagnés en huit ans
| Énergie de chauffage principal | Part des résidences principales | Écart sur huit ans |
|---|---|---|
| Gaz de réseau | 35 % | − 1 point |
| Électricité hors PAC | 29 % | − 4 points |
| Bois | 11 % | + 1 point |
| Pompe à chaleur | 10 % | + 8 points |
| Fioul domestique | 7 % | − 5 points |
Ces parts viennent du Ceren, sur les résidences principales de métropole. La pompe à chaleur est la seule ligne qui progresse vraiment, et de presque exactement ce que le fioul perd. En maison individuelle, elle gagne onze points sur la même durée. L’écart avec le collectif tient à la place : un appartement offre rarement l’emplacement extérieur, presque jamais le circuit d’eau.
Rapportés au parc de logements, ces 10 % font environ 3,2 millions de résidences principales sur 31,7 millions. Le neuf, lui, a déjà basculé : plus de huit maisons individuelles neuves sur dix suivies par l’observatoire de la réglementation environnementale sortent avec une pompe à chaleur, et la technologie représente près de 60 % des systèmes de chauffage principaux installés dans les logements neufs.
Premier parc d’Europe, et pourtant loin derrière en densité
Avec 528 000 pompes à chaleur vendues sur le dernier exercice recensé par l’EHPA, la France reste le premier marché européen, devant l’Italie et ses 423 000. Le continent en a écoulé 2,62 millions, en hausse de 10,3 %, pendant que la France reculait.
Ce chiffre de 528 000 ne recoupe pas les 983 038 machines déclarées par les industriels français sur la même période. Les deux comptes sont bons. L’EHPA recense les pompes à chaleur résidentielles sur son propre périmètre ; Uniclima mesure tout ce que les fabricants livrent à la distribution professionnelle, split de climatisation réversible compris. Selon la définition retenue, la France vend donc un demi-million ou près d’un million d’appareils par an.
La densité corrige l’impression de tête de classement. Rapporté au nombre de foyers, le rythme d’équipement français reste sous 5 appareils pour 1 000 ménages par an, contre plus de 30 en Norvège, en Finlande et en Suède. La France est première en volume parce qu’elle est un grand pays au parc de maisons individuelles considérable, pas parce qu’elle s’équipe vite.
Questions fréquentes
Combien de pompes à chaleur y a-t-il en France ? Environ sept millions d’appareils en service, dont plus de deux millions d’air-eau. Le reste est très majoritairement de l’air-air, souvent réversible.
Combien de logements sont chauffés par une pompe à chaleur ? Environ 3,2 millions de résidences principales, soit 10 % du parc, quand on ne retient que le chauffage principal.
Combien s’en vend-il chaque année ? 803 661 air-air de petite puissance, 179 377 air-eau et 2 513 géothermiques sur le dernier exercice complet.
Une climatisation réversible compte-t-elle comme une pompe à chaleur ? Techniquement oui, c’est une air-air. Elle entre dans le parc de sept millions, mais pas dans les 10 % de logements chauffés par pompe à chaleur si elle ne sert que d’appoint.
Remplacer les chaudières prendra des décennies à ce rythme
Sept millions d’appareils font un beau chiffre et n’apprennent presque rien. La machine qui dépose une chaudière, c’est l’air-eau, et son compteur tourne à 179 377 unités par an face à plusieurs millions de chaudières gaz et fioul encore raccordées. Les air-air se vendent quatre fois plus vite, mais elles s’installent surtout dans des logements déjà chauffés à l’électricité, et elles répondent autant à la chaleur d’août qu’au froid de janvier. Les additionner pour suivre la décarbonation du chauffage revient à relever un thermomètre qui compte aussi les climatiseurs.