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Combien d'installations photovoltaïques en France, et de panneaux

1 379 172 installations photovoltaïques raccordées, 33 GW de puissance, et un nombre de panneaux solaires en France que personne ne publie. Ce que le chiffre du SDES compte, et ce qu'il laisse dehors.

Fabien Mauduit 8 min de lecture

Des modules photovoltaïques alignés sur une toiture de tuiles, cadres d'aluminium et reflet du ciel.

« Vous allez écrire un million et demi, et vos lecteurs vont comprendre un million et demi de panneaux. » L’objection venait d’un installateur, au téléphone, et elle est juste. Le réseau français porte 1 379 172 installations photovoltaïques raccordées, pour une puissance de 32 996 MW, selon le dernier tableau de bord trimestriel du SDES. Une installation, ça peut être six modules sur un garage ou plusieurs centaines de milliers sur une centrale au sol.

  • 1 379 172 installations raccordées, dont 1 363 708 en métropole et 15 464 outre-mer
  • 33,0 GW de puissance installée, soit 481 W par habitant
  • 698 806 installations de moins de 3 kW, soit une sur deux
  • 151 718 installations de plus de 9 kW, qui portent 86 % de la puissance
  • 23,9 kW de puissance moyenne par installation, et 2,5 kW dans le segment le plus nombreux
  • 37,0 TWh produits sur le dernier exercice complet, 7,3 % de la consommation électrique métropolitaine
  • 36,1 GW de projets en file d’attente de raccordement, dont 8,4 GW sous convention signée

Un panneau n’est pas une installation, et l’écart va de six à un million

Aucun organisme public ne compte les modules. Ce que le SDES, Enedis et RTE recensent, ce sont des points de raccordement au réseau et des kilowatts-crête. Le nombre de panneaux solaires en France ne se lit donc nulle part : il se reconstitue.

La division est simple, l’incertitude est dans le diviseur. Le parc s’est bâti sur vingt ans, avec des modules de 150 à 250 Wc au début et de 400 à 500 Wc pour les poses récentes. En retenant une puissance unitaire moyenne de 300 à 470 Wc sur l’ensemble du parc, les 32 996 MW font entre 70 et 110 millions de modules, avec un centre de gravité autour de 85 millions.

L’autre vérification passe par la surface. Il faut 4,5 à 6 m² de modules par kilowatt-crête selon la génération : le parc couvre donc de 150 à 200 km² de capteurs, une fois et demie à deux fois la superficie de Paris intra-muros.



Neuf installations sur dix ne portent que 14 % de la puissance

Le parc français est en réalité deux parcs qui n’ont rien à voir, et les séries départementales du SDES le montrent d’un coup d’œil.

Segment de puissanceInstallationsPart du nombrePuissance (MW)Part de la puissance
Moins de 3 kW698 80650,7 %1 7535,3 %
De 3 à 9 kW528 64838,3 %3 0029,1 %
Plus de 9 kW151 71811,0 %28 24185,6 %

Une installation de moins de 3 kW pèse 2,5 kW en moyenne, six modules récents. Celles du segment intermédiaire tournent à 5,7 kW, une quinzaine de modules, la toiture pavillonnaire type. Au-dessus de 9 kW, la moyenne grimpe à 186 kW : hangars agricoles, ombrières de parking, centrales au sol.

Rapporté aux 17,6 millions de maisons individuelles occupées en résidence principale, on arrive à peu près à une maison sur quatorze. La comparaison est indicative : toutes les installations de moins de 9 kW ne sont pas posées sur une maison, et certaines maisons en portent deux.

La moitié de la puissance tient dans trois régions

RégionInstallationsPuissance (MW)Moyenne (kW)
Nouvelle-Aquitaine208 4947 23534,7
Occitanie237 1155 39422,7
Auvergne-Rhône-Alpes233 4434 10817,6
Provence-Alpes-Côte d’Azur119 1982 93624,6
Grand Est102 7602 71626,4
Île-de-France43 79758013,2

Les trois premières concentrent 50,7 % de la puissance nationale. Mais elles n’y arrivent pas de la même façon : l’Occitanie compte 28 000 installations de plus que la Nouvelle-Aquitaine et produit 1 800 MW de moins. Beaucoup de toitures d’un côté, de grandes centrales de l’autre.

Le département des Landes le résume. Avec 27 037 installations, il n’est que douzième en nombre, et premier en puissance avec 1 403 MW : deux fois et demie l’Île-de-France entière. À l’autre bout, Paris compte 288 installations raccordées. Toitures en copropriété, et un centre couvert de servitudes de site protégé.

L’ensoleillement fait varier la part du solaire du simple au double

Le parc a produit 37,0 TWh sur le dernier exercice complet, en hausse de 46 %. Hors autoconsommation, c’est 7,3 % de l’électricité consommée en France métropolitaine.

Ce taux ne veut rien dire pris seul. Sur le premier trimestre, celui des jours courts, la production tombe à 6,6 TWh et la part à 4,6 %. Le rapport s’inverse en juin. Un chiffre annuel de part du solaire et un chiffre trimestriel ne se comparent jamais.

Le rendement, lui, bouge peu : le parc rend environ 1 250 heures équivalent pleine puissance par an, soit à peu près 1 250 kWh par kilowatt-crête installé, de 900 dans le Nord à 1 400 sur le pourtour méditerranéen. C’est un facteur de charge de 14 %, très inférieur à celui du parc éolien, et c’est la raison pour laquelle 33 GW de solaire ne remplacent pas 33 GW de n’importe quoi d’autre.

Le rythme d’installation est de 6,1 GW par an, contre 5,2 GW l’exercice précédent.

Deux sources, deux nombres, et la faute n’est à personne

Le chiffre qui circule le plus souvent est 1 298 633 installations pour 29 310 MW. Il est exact, sur le périmètre d’Enedis seul.

Le SDES, lui, agrège Enedis, RTE, EDF-SEI pour les zones non interconnectées et la CRE. D’où l’écart de 80 000 installations et de 3 700 MW. Les mégawatts manquants sont surtout des grandes centrales branchées directement sur le réseau de transport ; les installations manquantes sont outre-mer, en Corse, et sur le territoire des entreprises locales de distribution.

Les sites isolés échappent aux deux comptages, faute d’être raccordés. Les kits de balcon aussi, en partie : leur parc se compte désormais en centaines de milliers, et tous n’ont pas fait l’objet de la convention gratuite exigée. Restent les modules remplacés en cours de vie, qui ne changent ni le nombre d’installations, ni la puissance déclarée.

Les séries sont ensuite révisées, presque toujours à la hausse : un trimestre fraîchement publié est provisoire.

Ce qui attend d’être raccordé pèse plus lourd que ce qui l’est

La file d’attente de raccordement porte 36,1 GW de projets, dont 8,4 GW ont déjà une convention signée. Le stock en attente dépasse donc le parc en service.

Deux mouvements de fond, dans le même temps. L’autoconsommation totale ou partielle concerne 62 % des installations, mais seulement 19 % de la puissance : c’est massivement une affaire de particuliers. Et le stockage s’installe vite, présent sur 16 % des raccordements du dernier trimestre contre 3 % un an plus tôt.

Le troisième mouvement va à contresens. Le résidentiel de moins de 36 kW a compté 27 433 raccordements sur le dernier trimestre, contre 50 516 sur le même trimestre de l’exercice précédent, soit 46 % de moins. La puissance installée progresse pendant que le nombre de foyers qui s’équipent recule de près de moitié. Les grandes centrales prennent le relais.

Questions fréquentes sur les panneaux solaires en France

Combien de panneaux faut-il sur une maison ? Pour 3 kWc, sept modules de 425 Wc et environ 15 m² de toiture. Pour 9 kWc, une vingtaine de modules et 45 m².

Un kit de balcon compte-t-il dans les statistiques ? Seulement s’il a fait l’objet de la convention d’autoconsommation auprès du gestionnaire de réseau. La démarche est gratuite ; elle n’est pas systématique.

Quel département est le mieux équipé ? Les Landes en puissance, avec 1 403 MW. La Gironde en nombre, avec 44 962 installations.

Combien produit un panneau par an ? Un module de 425 Wc rend de 380 à 600 kWh selon la région, l’orientation et l’inclinaison.

Pourquoi la puissance s’exprime-t-elle en kWc ? Le kilowatt-crête est mesuré en laboratoire, sous 1 000 W/m² à 25 °C. C’est une puissance de plaque, pas une production.

Un parc de toitures et un parc de centrales, comptés ensemble

Les chiffres du photovoltaïque français racontent tous la même chose sous des angles différents : deux populations superposées qu’un agrégat national mélange. D’un côté 1,2 million de petites toitures qui pèsent 14 % de la puissance et concentrent l’essentiel de l’autoconsommation. De l’autre 151 718 installations qui font le reste, et dont la trajectoire dépend de la file d’attente de raccordement bien plus que des arbitrages des ménages.

C’est pourquoi le nombre de panneaux solaires en France n’a pas de réponse officielle. Quatre-vingts millions de modules, c’est un calcul, pas un relevé, et l’écart entre les hypothèses de puissance unitaire vaut 40 millions de panneaux. Autant donner la fourchette et dire d’où vient son épaisseur.

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