Vous roulez une demi-heure sur l’A29, entre Amiens et Saint-Quentin, et vous en comptez des dizaines sans quitter la voie de droite. Le nombre d’éoliennes en France tourne autour de 10 000 mâts, répartis sur 2 592 installations raccordées au réseau, pour une puissance totale de 26,4 GW.
Les deux nombres ne se contredisent pas : ils ne comptent pas la même chose, et c’est de là que viennent la plupart des écarts qu’on lit ailleurs.
- 26,4 GW de puissance éolienne raccordée, dont 24,15 GW à terre et 2,26 GW en mer
- 2 579 installations terrestres raccordées, et 13 en mer
- environ 10 000 mâts plantés dans le sol français
- 49,6 TWh produits sur le dernier exercice complet
- 9,1 % de l’électricité produite en métropole, 11 % de celle consommée
- 9,4 MW de puissance moyenne par installation terrestre
- 27,7 % de la puissance terrestre dans les seuls Hauts-de-France
- 21,4 % de facteur de charge à terre sur le dernier exercice
Le nombre d’éoliennes en France dépend de ce qu’on décide de compter
Le tableau de bord trimestriel du SDES, celui que tout le monde recopie, ne compte pas des éoliennes. Il compte des installations raccordées au réseau, c’est-à-dire des points d’injection : un parc de douze machines reliées au même poste de livraison compte pour une. Au dernier relevé, ces installations sont 2 579 à terre et 13 en mer.
Le décompte des mâts, lui, n’a pas de producteur public unique. On lit 9 700, 10 000 ou 10 300 selon les décomptes, tous issus d’agrégations d’arrêtés préfectoraux et de relevés de fédérations, avec des dates d’observation qui ne coïncident pas. France Renouvelables retient l’ordre de 10 000 machines en service.
Le rapport entre les deux tient debout : 24 151 MW à terre pour environ 10 000 mâts font 2,4 MW par machine, ce qui correspond à un parc où cohabitent des générations très différentes. Et 24 151 MW pour 2 579 installations font 9,4 MW par parc, soit une dizaine de machines chacun en moyenne.
La puissance grimpe deux fois plus vite que le nombre de machines
Compter les mâts sous-estime la croissance du parc, et l’écart se creuse. Les machines récentes n’ont rien à voir avec celles d’il y a vingt ans.
La série trimestrielle du SDES le montre sur les installations terrestres. Il y a douze ans, 1 144 installations portaient 8 205 MW, soit 7,2 MW par parc. Aujourd’hui, 2 579 en portent 24 152, soit 9,4 MW. La puissance a été multipliée par 2,9 quand le nombre de parcs l’était par 2,3.
Le mouvement est plus net encore machine par machine. Une éolienne terrestre installée aujourd’hui en France développe entre 3 et 4,5 MW, contre une moyenne de 2,4 MW sur l’ensemble du parc en service. Un mât neuf remplace donc à peu près deux mâts anciens en capacité.
Le nombre d’éoliennes en France progresse donc lentement, la puissance beaucoup plus vite. Qui n’annonce que le premier chiffre donne une image fausse du second.
Deux régions portent la moitié de la puissance terrestre
La répartition n’a rien d’homogène. Les Hauts-de-France et le Grand Est concentrent 49,2 % de la puissance terrestre à eux deux, pour 45 % des installations. À l’autre bout, Provence-Alpes-Côte d’Azur en compte 96 MW, moins que le seul département de la Vienne.
| Région | Installations | Puissance (MW) | Part du parc terrestre |
|---|---|---|---|
| Hauts-de-France | 650 | 6 679 | 27,7 % |
| Grand Est | 523 | 5 202 | 21,5 % |
| Nouvelle-Aquitaine | 227 | 2 165 | 9,0 % |
| Occitanie | 202 | 1 825 | 7,6 % |
| Centre-Val de Loire | 172 | 1 819 | 7,5 % |
| Bretagne | 201 | 1 511 | 6,3 % |
| Pays de la Loire | 183 | 1 454 | 6,0 % |
| Bourgogne-Franche-Comté | 118 | 1 193 | 4,9 % |
| Normandie | 146 | 1 161 | 4,8 % |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 105 | 771 | 3,2 % |
Source : SDES, dernier tableau de bord trimestriel de l’éolien.
Au niveau départemental, la Somme domine avec 213 installations et 2 356 MW, presque 10 % du parc national. Suivent le Pas-de-Calais, la Marne et l’Aisne. Soixante-dix-neuf départements ont au moins une éolienne raccordée ; une quinzaine n’en ont aucune.
Troisième source d’électricité du pays, derrière le nucléaire et l’hydraulique
Sur le dernier exercice complet, RTE mesure 49,6 TWh de production éolienne en métropole, dont 43,9 TWh à terre et 5,7 TWh en mer. Cela représente 9,1 % de l’électricité produite dans le pays et environ 11 % de celle consommée.
Le classement des filières met ces chiffres à leur place. Le nucléaire a produit 373 TWh, soit sept fois et demie l’éolien. L’hydraulique, 62,4 TWh. L’éolien vient ensuite, devant le solaire, qui affiche pourtant davantage de puissance installée, 30,4 GW contre 26,4, mais produit un tiers de moins d’électricité. Tout l’écart vient du facteur de charge.
Le facteur de charge éolien terrestre s’est établi à 21,4 % sur le dernier exercice, son plus bas niveau depuis dix ans, faute de vent dans la moitié nord du pays. Les années ventées le portent au-delà de 26 %.
Le vent fait varier la production du simple au triple selon le mois
Les données ouvertes du réseau publient un facteur de charge mois par mois, et l’irrégularité y saute aux yeux. Sur les douze derniers mois, il passe de 13,5 % à 37,5 %, soit un rapport de un à près de trois entre le mois le plus calme et le mois le plus venté.
| Mois | Facteur de charge moyen | Part de la consommation couverte |
|---|---|---|
| Février | 37,5 % | 16,3 % |
| Janvier | 32,2 % | 12,4 % |
| Décembre | 30,9 % | 13,3 % |
| Mars | 24,0 % | 11,5 % |
| Avril | 18,9 % | 10,8 % |
| Juillet | 15,6 % | 9,0 % |
| Mai | 13,5 % | 8,3 % |
La saisonnalité joue dans le bon sens : le parc produit le plus en hiver, quand la consommation électrique française culmine. À l’échelle de l’heure, l’amplitude devient bien plus large encore. Le facteur de charge instantané est descendu à 0,2 % et monté à 80,9 % au cours des douze derniers mois. L’éolien a couvert jusqu’à 50,3 % de la consommation du pays sur une heure.
En mer, treize raccordements et 40 % de rendement en plus
L’éolien en mer pèse 2 256 MW, soit 8,5 % de la puissance éolienne française, mais 11,5 % de sa production. Le vent y est plus régulier et les machines plus grosses : le facteur de charge y dépasse 30 %, contre 21,4 % à terre, soit 40 % de plus par mégawatt installé.
Ces 2 256 MW se répartissent sur cinq départements seulement. La Seine-Maritime en porte 745, la Vendée 500, les Côtes-d’Armor 496, la Loire-Atlantique 490. Les Bouches-du-Rhône ferment la marche avec 25 MW, qui correspondent à des machines flottantes de démonstration.
Aucune autre filière électrique française ne progresse à ce rythme en proportion. Le parc en mer est passé de 10 MW à 2 256 MW en huit ans, et sa production a augmenté de 43 % sur le dernier exercice. En file d’attente de raccordement, 3,1 GW supplémentaires attendent en mer, contre 13,9 GW à terre.
Ce que le parc coûte à l’État et ce qu’il rapporte aux communes
Le soutien public à l’éolien terrestre représente 1 404 millions d’euros dans la dernière délibération de la Commission de régulation de l’énergie sur les charges de service public, pour un coût moyen de rachat de 99,1 € le mégawattheure. Rapporté à l’ensemble du soutien aux renouvelables, qui atteint 10,67 milliards d’euros, l’éolien terrestre en pèse environ 13 %.
Côté recettes, la fiscalité locale rapporte de 10 000 à 15 000 € par mégawatt et par an aux collectivités, selon le ministère chargé de l’énergie. Un parc de taille moyenne, 9,4 MW, alimente donc les budgets locaux d’environ 100 000 à 140 000 € chaque année. La commune d’implantation touche 20 % de l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux ; l’intercommunalité, 50 %.
À la fin de l’exploitation, l’exploitant doit avoir provisionné 75 000 € par machine de 2 MW ou moins, majorés de 25 000 € par mégawatt au-delà, au titre de la garantie financière de démantèlement, dont le montant est fixé par arrêté et réactualisé tous les cinq ans.
Combien d’éoliennes pour un réacteur, et deux autres comparaisons
Combien d’éoliennes pour remplacer un réacteur nucléaire ? Un réacteur de 900 MW produit de l’ordre de 5,9 TWh par an. Une éolienne terrestre moyenne du parc français en produit 4,4 GWh : il en faudrait donc environ 1 300. Avec des machines neuves de 4 MW, le compte tombe vers 700. La comparaison ne porte que sur des kilowattheures et ignore le moment où ils sont livrés.
Où sont-elles le plus nombreuses ? Dans la Somme, qui concentre à elle seule près d’un dixième de la puissance terrestre du pays.
Où la France se situe-t-elle en Europe ? Troisième, avec 10,8 % de la puissance installée dans l’Union. L’Allemagne en détient 72,8 GW, l’Espagne 31,9 GW.
Ce que ces chiffres disent ensemble
Le parc éolien français est un objet à deux vitesses. À terre, la croissance ralentit en nombre de sites et se poursuit surtout en puissance, machine par machine, sur un territoire déjà très concentré : deux régions du Nord portent la moitié du parc, et un département sur six n’en a aucune. En mer, treize raccordements suffisent à fournir un neuvième de la production éolienne, avec un rendement supérieur de 40 % et une file d’attente qui pèse plus que le parc existant.
Entre les deux, une donnée commande tout le reste : le vent ne se stocke pas. Une puissance installée dit ce que le parc peut faire, jamais ce qu’il fait. Pour comparer deux filières, le chiffre utile n’est donc pas le gigawatt affiché mais le térawattheure sorti au bout de l’année.