« Deux millions, à peu près, non ? » C’est ce qu’un chargé de mission de conseil régional m’a demandé au téléphone, un jour qu’il montait un dossier sur le logement étudiant. Il manquait un million. Le nombre d’étudiants en France s’établit à 3 049 600 inscrits dans l’enseignement supérieur à la dernière rentrée relevée par le SIES, le service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur. Rapporté aux 69,1 millions d’habitants estimés par l’INSEE, cela donne 44 étudiants pour 1 000 habitants : un habitant sur vingt-trois.
Le total, en général, circule à peu près juste. La répartition, beaucoup moins. L’université accueille 54,9 % de ces inscrits, et le reste se disperse dans six autres agrégats dont l’un porte le nom de « autres ».
- 3 049 600 étudiants inscrits, en hausse de 32 100 sur un an, troisième progression consécutive
- 1 672 900 à l’université, soit un peu plus d’un étudiant sur deux
- 786 800 dans un établissement privé, un sur quatre
- 262 100 en école de commerce, 221 600 en BTS scolaire, 172 100 en BTS par apprentissage, 87 100 en classe préparatoire
- 487 400 dans des formations que la statistique publique range en « autres »
- 479 700 étudiants de plus qu’il y a dix ans, dont un quart seulement à l’université
- 404 781 étudiants dans la seule académie de Paris, contre 3 160 à Mayotte
- 662 000 boursiers sur critères sociaux
À peine un étudiant sur deux est inscrit à l’université
Sept agrégats se partagent la population étudiante, et l’université en pèse un peu plus de la moitié. C’est beaucoup moins que ce que suggère le mot « fac », qui sert souvent de synonyme d’études supérieures dans la conversation courante.
| Filière | Effectifs | Part du total | Part du privé |
|---|---|---|---|
| Universités, BUT et écoles d’ingénieurs internes compris | 1 672 900 | 54,9 % | public |
| Autres établissements et formations | 487 400 | 16,0 % | 52,9 % |
| Écoles de commerce, de gestion et de vente | 262 100 | 8,6 % | 99,6 % |
| BTS et formations assimilées, statut scolaire | 221 600 | 7,3 % | 27,2 % |
| BTS et formations assimilées, apprentissage | 172 100 | 5,6 % | 78,1 % |
| Écoles d’ingénieurs hors université | 146 500 | 4,8 % | 40,8 % |
| Classes préparatoires aux grandes écoles | 87 100 | 2,9 % | 15,3 % |
| Ensemble | 3 049 600 | 100 % | 25,8 % |
Regardez la colonne du milieu. Les classes préparatoires, dont on parle énormément, scolarisent moins de trois étudiants sur cent. Et le deuxième bloc du pays, avec 487 400 inscrits, n’a pas de nom : c’est un reste.
Ce que le nombre d’étudiants en France compte, et ce qu’il ne compte pas
Ce sont des inscriptions, pas des personnes. Quelqu’un qui s’inscrit dans deux établissements distincts apparaît deux fois. Une seule double inscription est neutralisée, celle des élèves de classe préparatoire que leur lycée inscrit aussi à l’université par convention : la série s’intitule « hors inscriptions simultanées en CPGE », et l’INSEE reprend le même intitulé dans sa propre publication.
Le périmètre de l’université, lui, bouge de 79 000 étudiants selon la définition retenue. On compte 1 672 900 inscrits dans les universités au sens strict, et 1 751 900 en y ajoutant les établissements absorbés par les grands ensembles universitaires issus des fusions. Les deux chiffres sont justes ; ils ne répondent pas à la même question.
Le nombre lui-même est un assemblage. Il agrège le système d’information SISE, les enquêtes propres du SIES auprès des universités et des écoles, les remontées de la DEPP sur les BTS et les prépas, l’enquête SIFA pour les apprentis, et les comptages des ministères chargés de l’agriculture, de la santé, des affaires sociales et de la culture. Sept collectes pour un seul total.
La ligne « autres » pèse plus lourd que les prépas et les BTS scolaires réunis
487 400 étudiants contre 308 700 : le fourre-tout de la nomenclature dépasse de près de 60 % les deux filières post-bac les plus commentées additionnées. On y trouve les écoles paramédicales et sociales, les écoles d’art et d’architecture, les écoles vétérinaires et d’agronomie, les instituts catholiques, les écoles de journalisme, les formations juridiques et comptables.
Le paramédical en forme le gros. La DREES, qui les compte de son côté et sur son propre calendrier, recense 181 130 inscrits dans les formations paramédicales et de sage-femme, dont 103 100 futurs infirmiers et 31 900 futurs aides-soignants, et 58 000 de plus dans les écoles du travail social. Ces effectifs-là dépendent de quotas fixés par les régions et par les capacités d’accueil des terrains de stage, pas de la demande des candidats.
Un étudiant sur quatre est dans le privé, et cette part vient de reculer
786 800 étudiants relèvent d’un établissement privé, soit 25,8 % de l’ensemble. La proportion a gagné 6,7 points en dix ans, et elle vient de reculer pour la première fois depuis douze ans : les effectifs privés perdent 1,7 % quand le public en gagne 2,0 %.
La cause tient en une ligne budgétaire. Les aides versées aux entreprises qui recrutent un apprenti du supérieur ont été rabotées, les BTS en apprentissage ont perdu 8,2 % de leurs effectifs, et le privé scolarise 78,1 % de ces apprentis. Ce sont des effectifs qui suivent un guichet.
Le privé n’occupe pas partout la même place : 99,6 % des écoles de commerce, 40,8 % des écoles d’ingénieurs hors université, 27,2 % des BTS scolaires, 15,3 % des classes préparatoires en comptant celles sous contrat avec l’État. Sa part varie aussi de 3,4 % à Mayotte à 35,1 % à Paris et à Nantes.
Les 479 700 étudiants gagnés en dix ans ne sont pas allés à l’université
| Filière | Il y a dix ans | Dernière rentrée | Variation |
|---|---|---|---|
| Universités | 1 552 200 | 1 672 900 | +7,8 % |
| Autres établissements et formations | 361 300 | 487 400 | +34,9 % |
| Écoles de commerce, de gestion et de vente | 136 200 | 262 100 | +92,4 % |
| BTS, statut scolaire | 256 100 | 221 600 | −13,5 % |
| BTS, apprentissage | 60 100 | 172 100 | +186,4 % |
| Écoles d’ingénieurs hors université | 118 000 | 146 500 | +24,2 % |
| Classes préparatoires aux grandes écoles | 85 900 | 87 100 | +1,4 % |
| Ensemble | 2 569 900 | 3 049 600 | +18,7 % |
L’université pèse 55 % de la population étudiante et 25 % de sa croissance. Les trois quarts du demi-million d’étudiants supplémentaires se sont répartis presque à égalité entre les écoles de commerce, les BTS en apprentissage et le bloc « autres », qui apportent chacun entre 112 000 et 126 000 inscrits de plus. Pendant ce temps, les classes préparatoires ont bougé de 1 200 étudiants en dix ans, et les BTS sous statut scolaire en ont perdu 34 500 au profit de l’alternance.
Paris concentre quatre fois plus d’étudiants que sa part d’habitants
L’académie de Paris scolarise 13,3 % des étudiants français pour 3,0 % de la population résidente. L’Île-de-France en accueille 27,8 % contre 18,3 % des habitants. À l’autre bout, huit académies se partagent 11 % des étudiants alors que 15 % de la population y vit : la Corse, Limoges, Besançon, Reims, Dijon, Clermont-Ferrand, Amiens et Poitiers.
Cette concentration change aussi la nature des études. À Paris, 43,9 % des étudiants sont à l’université, contre 54,9 % au niveau national, parce que les écoles de commerce et les établissements privés y sont massivement implantés. En Corse et à Strasbourg, où cette offre est mince, sept étudiants sur dix sont à l’université.
Les écarts d’une académie à l’autre vont de 1 à 128 : 404 781 étudiants à Paris, 3 160 à Mayotte. La plus forte progression annuelle revient à la Guyane, avec 10,6 %, sur une base de 5 617 inscrits.
Les questions qui reviennent
Combien d’étudiants touchent une bourse ? 662 000 perçoivent une bourse sur critères sociaux. Rapporté aux trois millions, cela donnerait 22 %, et le calcul serait faux : le taux se mesure sur les seules formations habilitées à recevoir des boursiers, et il y atteint 35,8 %, son niveau le plus bas depuis douze ans. Les apprentis, rémunérés, n’y ont pas droit.
Les apprentis comptent-ils comme des étudiants ? Oui dès lors qu’ils préparent un diplôme du supérieur. Le SIES en dénombre plus de 600 000 tous niveaux confondus, un effectif qui a doublé en trois ans, dont 172 100 pour les seuls BTS.
Combien de bacheliers entrent dans le supérieur chaque année ? Près de 79 % des néo-bacheliers poursuivent leurs études, sur environ 687 000 admis au baccalauréat. Le taux monte à 94 % pour les bacheliers généraux et tombe à 46 % pour les bacheliers professionnels.
Combien d’étudiants étrangers ? Campus France en recense près de 445 000, soit un peu moins d’un inscrit sur sept.
Une population étudiante qui grossit par ses marges
Les trois blocs qui ont porté la croissance de la dernière décennie sont aussi les trois où les effectifs dépendent d’un tarif ou d’une aide publique : l’apprentissage, les écoles de commerce, le reste innommé. Le retournement du privé le montre : la baisse est arrivée l’année où l’aide à l’apprentissage a été réduite, et elle s’est logée là où l’alternance dominait. L’université et les classes préparatoires, elles, se déplacent lentement, au rythme de la démographie et du nombre de bacheliers.
C’est ce qui rend le chiffre de trois millions peu utile tout seul. Selon qu’on parle des inscriptions ou des personnes, des universités au sens strict ou des grands ensembles, du public ou de la France entière, on manipule des nombres qui s’écartent de plusieurs dizaines de milliers. Quand une fédération m’appelle pour contester un effectif que j’ai publié, la discussion porte neuf fois sur dix sur le périmètre retenu, et jamais sur la qualité du comptage.