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Combien d’entreprises en France, et de quelle taille

Le nombre d’entreprises en France va de 1,4 à 13,7 millions selon ce qu’on décide de compter. Voici les quatre périmètres, la part qui n’emploie personne, et les 312 sociétés qui portent un tiers de la valeur ajoutée du pays.

Fabien Mauduit Publié le 21 août 2026 10 min de lecture

Un tampon encreur et un registre de commerce relié, ouvert sur une page de colonnes manuscrites.

Un lecteur m’a écrit qu’il préparait un dossier, qu’il avait relevé quatre nombres d’entreprises françaises en une heure de recherche, et qu’il voulait savoir lequel recopier sans se ridiculiser. Les voici : 13,7 millions, 8,9 millions, 5,5 millions, 1,4 million. Aucun n’est faux. Ils sortent tous du même répertoire, et l’écart entre le premier et le dernier tient à trois mots de définition qu’aucune des pages consultées ne lui avait donnés.

  • 4 214 050 entreprises dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers, au sens de la loi de modernisation de l’économie
  • 95,9 % d’entre elles sont des microentreprises, dont 1,6 million au régime du micro-entrepreneur
  • 5,5 millions d’unités légales présentent une activité économique détectable, sur 13,7 millions immatriculées
  • 1,4 million seulement emploient au moins un salarié
  • 312 grandes entreprises, soit une sur 13 500
  • 14,8 millions de salariés en équivalent temps plein
  • 1 345 milliards d’euros de valeur ajoutée, dont 34 % produits par les 312 plus grandes
  • 951 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export, dont 58 % par ces mêmes 312

Quatre chiffres circulent, et aucun n’est faux

Le répertoire Sirene recense les unités légales qui n’ont pas notifié leur cessation. Elles sont 13,7 millions, et c’est le plus haut chiffre qui circule. Il ne dit rien de l’économie : une société peut cesser toute activité sans le signaler, et une liquidation judiciaire met parfois des années à remonter jusqu’au registre.

Ce que le nombre compteCombien
Unités légales non cessées dans Sirene13,7 millions
Dont productives, marchandes et non agricoles8,9 millions
Dont une activité économique est détectée dans l’année5,5 millions
Dont au moins un salarié au 31 décembre1,4 million

Le passage de la première ligne à la deuxième retire 800 000 unités agricoles, 200 000 unités étrangères, un million d’associations et 2,6 millions de structures dont l’activité consiste à louer un bien immobilier (sociétés civiles immobilières familiales, loueurs en meublé non professionnels). Le passage de la deuxième à la troisième applique la définition européenne : est active l’unité qui a réalisé un chiffre d’affaires positif, employé un salarié, investi, ou détenu une autre unité active. L’INSEE le vérifie sur les déclarations de TVA, les liasses fiscales et les déclarations sociales nominatives. Rien n’est déclaratif là-dedans.

Trois entreprises actives sur quatre n’emploient personne

L’écart entre 5,5 millions d’entreprises actives et 1,4 million d’employeuses est la donnée la plus mal connue du sujet. Trois entreprises sur quatre se résument à une personne seule, sa clientèle et son numéro de SIRET. Parmi celles qui emploient, 150 000 sont des entrepreneurs individuels et tout le reste des sociétés.

La cause tient au régime du micro-entrepreneur, dont 1,8 million de titulaires exercent effectivement. Il s’y ajoute 1,2 million d’entreprises individuelles classiques, dont la plupart n’ont jamais embauché non plus : un artisan, un consultant, un chauffeur, un plombier installé à son compte. Sur le champ marchand, l’effectif salarié moyen d’une microentreprise s’établit à 0,6 équivalent temps plein. Six dixièmes de personne. C’est le chiffre à garder en tête quand on lit qu’il y a quatre millions d’entreprises dans le pays.

Cette structure explique aussi la nature des créations et des disparitions : moins de 1 % des créations et des cessations économiques concernent une entreprise de cinq salariés ou plus. Le compteur monte, l’emploi bouge à peine.

Quatre catégories d’entreprises, et la première en rassemble 96 %

La loi de modernisation de l’économie range chaque entreprise dans l’une des quatre catégories selon son effectif, son chiffre d’affaires et son total de bilan. Voici comment elles se répartissent dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers.

CatégorieEntreprisesPartSalariés en ETP (milliers)Valeur ajoutée (Md€)
Microentreprises4 042 71595,9 %2 524219
PME hors microentreprises163 9923,9 %4 324312
Entreprises de taille intermédiaire7 0310,17 %3 826355
Grandes entreprises3120,01 %4 168459
Ensemble4 214 050100 %14 8421 345

Une microentreprise occupe moins de dix personnes, avec au plus 2 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan. Une PME reste sous 250 personnes et sous 50 millions de chiffre d’affaires ou 43 millions de bilan. Une entreprise de taille intermédiaire s’arrête à 5 000 personnes et 1,5 milliard de chiffre d’affaires. Au-delà, c’est une grande entreprise, et il y en a 312.



Le total de bilan fait parfois basculer une structure très capitalistique d’une catégorie à l’autre.

Trois cent douze entreprises emploient plus que quatre millions de microentreprises

Les grandes entreprises salarient 4,17 millions d’équivalents temps plein. Les 4 042 715 microentreprises en salarient 2,52 millions. Dans l’emploi salarié marchand, ce groupe de 312 pèse deux tiers de plus que l’économie visible au coin de la rue. Une grande entreprise emploie 13 359 personnes en moyenne, une entreprise de taille intermédiaire 544, une PME 26. Une microentreprise, 0,6. L’éventail va de un à vingt-deux mille.

À l’export, l’écart se creuse : les grandes entreprises expédient 30 % de leur chiffre d’affaires hors des frontières, les entreprises de taille intermédiaire 19,4 %, les microentreprises 3,2 %. Ces deux catégories font 88 % des 951 milliards exportés.

La valeur ajoutée par équivalent temps plein suit le même ordre : 110 200 euros dans les grandes entreprises, 92 700 dans les entreprises de taille intermédiaire, 72 200 dans les PME. Le salaire brut moyen par équivalent temps plein va de 41 000 euros dans les PME à 47 200 dans les grandes entreprises, pour 44 200 euros en moyenne. C’est une masse salariale divisée par des temps pleins reconstitués, à ne pas confondre avec le salaire médian d’un actif.

Une entreprise et une unité légale ne se comptent pas de la même façon

Une entreprise au sens économique est la plus petite combinaison d’unités juridiques qui décide de manière autonome. Un groupe qui répartit ses activités entre une holding, deux filiales industrielles et une société de distribution forme quatre unités légales et une seule entreprise. L’INSEE reconstitue ce périmètre depuis une quinzaine d’années : c’est ce qu’on appelle le profilage.

Le résultat se lit dans les moyennes. Une grande entreprise rassemble 83,4 unités légales, une entreprise de taille intermédiaire 10,9, une PME 2,0, une microentreprise 1,0. Au total, 4 539 969 unités légales composent ainsi 4 214 050 entreprises. Pour les 312 plus grandes, ce sont 26 026 sociétés distinctes qui se ramènent à 312 décideurs.

Le choix du périmètre déplace donc autant le résultat que le choix du champ sectoriel. Compter les unités légales multiplie par 83 les entités rattachées aux plus grandes et gonfle les effectifs de petites entités qui n’existent que pour des raisons fiscales ou patrimoniales.

Ce qui fait bouger le nombre d’entreprises d’une année sur l’autre

Le nombre d’unités légales économiquement actives a progressé de 42 % en huit ans. Les micro-entrepreneurs expliquent les deux tiers de cette hausse ; les sociétés progressent de 36 % et atteignent 2,5 millions ; les entreprises individuelles classiques reculent de 8 %.

Par secteur, l’écart est considérable. Le transport et l’entreposage gagnent 112 %, portés par la livraison à domicile, quand la construction avance de 24 % et le commerce de 16 %.

Environ 1,1 million d’immatriculations sont enregistrées chaque année dans Sirene, mais 510 000 seulement débouchent sur une activité dans l’année. En ajoutant les entreprises immatriculées plus tôt et démarrées depuis, on compte 740 000 créations économiques réelles pour 480 000 cessations. Le solde reste positif chaque année, avec un renouvellement très inégal : le taux de création annuel des micro-entrepreneurs atteint 27,6 %, contre quelques points pour les sociétés. Cinq ans après leur création, 69 % des entreprises hors micro-entrepreneurs sont encore actives, avec un écart net entre sociétés (71 %) et entreprises individuelles (63 %).

Questions fréquentes

Combien d’entreprises sont créées chaque année en France ? Environ 1,1 million d’immatriculations dans Sirene, dont près des deux tiers au régime du micro-entrepreneur. Le nombre de créations qui se traduisent par une activité économique la même année tourne autour de 510 000.

Quelle part des entreprises françaises a des salariés ? Une sur quatre, soit 1,4 million d’entreprises économiquement actives. Les autres n’ont que leur dirigeant, ou personne du tout.

Quelle différence entre une microentreprise et un micro-entrepreneur ? La microentreprise est une catégorie statistique définie par la loi : moins de dix personnes et moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le micro-entrepreneur est un régime fiscal et social ouvert aux personnes physiques. Tout micro-entrepreneur dirige une microentreprise ; l’inverse est faux, et 1,6 million des 4 millions de microentreprises relèvent de ce régime.

Combien d’entreprises la France compte-t-elle par habitant ? Pour un peu plus de 69 millions d’habitants, les 4,2 millions d’entreprises du champ marchand donnent une entreprise pour seize habitants environ. En retenant les 5,5 millions d’unités actives, on descend à une pour treize.

Ce que ces chiffres disent ensemble

Le tissu productif français se lit mal en une valeur unique parce qu’il est fait de deux populations sans rapport l’une avec l’autre. D’un côté, quatre millions de structures d’une personne, dont les trois quarts n’emploieront jamais et dont une sur deux aura cessé au bout de trois ans. De l’autre, 171 335 entreprises d’au moins dix personnes qui portent 83 % de l’emploi salarié marchand et 84 % de la valeur ajoutée.

Les deux mondes ne se croisent pas. Additionner leurs effectifs donne un nombre juste et peu utile. Quand vous citez le nombre d’entreprises en France, dites toujours dans la même phrase ce qu’il compte : le répertoire administratif, l’activité économique détectée, ou l’emploi. C’est la seule précaution qui empêche de comparer 13,7 millions et 1,4 million comme s’il s’agissait de la même grandeur.

Les tableaux d’origine sont publiés par l’INSEE, qui détaille le tissu productif par catégorie d’entreprises et explique comment se compte une entreprise réellement active.

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