Poussez la porte d’une salle de classe, n’importe laquelle, et comptez les têtes : vous en trouvez une vingtaine dans une école, vingt-six dans un collège, trente en seconde générale. Mises bout à bout, ces salles accueillent 11,8 millions d’élèves : 6,155 millions dans le premier degré, 5,621 millions dans le second, selon les constats de rentrée de la DEPP. Un habitant sur six.
- 6 154 916 écoliers, 3 359 928 collégiens, 1 598 397 lycéens généraux et technologiques, 661 631 lycéens professionnels.
- 106 900 élèves de moins que l’année précédente dans le premier degré, soit − 1,7 %.
- 13,6 % des écoliers et 21,2 % des collégiens et lycéens sont scolarisés dans le privé sous contrat.
- 21,9 élèves par classe en maternelle, 21,3 en élémentaire, 25,8 au collège, 30,1 en lycée général et technologique.
- 12,7 élèves dans une classe de CP en éducation prioritaire renforcée.
- 76 % des classes de seconde générale et technologique comptent 30 élèves ou plus.
- Aucun texte ne fixe de nombre maximum d’élèves par classe.
Ce que comptent les 11,8 millions, et ce qu’ils laissent dehors
Le périmètre est celui du ministère chargé de l’éducation nationale : écoles, collèges et lycées, publics et privés sous contrat. Trois populations restent dehors. Les 290 000 élèves du privé hors contrat et des établissements relevant des ministères de l’agriculture et de la santé. Les quelque 390 000 apprentis de niveau second degré, comptés par les centres de formation d’apprentis. Et les étudiants du supérieur, qui relèvent d’un autre décompte.
Le chiffre le plus large que publie la DEPP, élèves et apprentis des deux degrés réunis, atteint 12,6 millions. Les deux valeurs sont justes. Elles ne portent pas sur le même champ, et c’est la première chose à regarder avant d’en citer une.
| Niveau | Élèves | dont privé sous contrat |
|---|---|---|
| Préélémentaire | 2 231 626 | 288 015 |
| Élémentaire | 3 864 635 | 547 644 |
| Collège, Segpa comprise | 3 359 928 | 723 139 |
| Lycée général et technologique | 1 598 397 | 344 610 |
| Lycée professionnel | 661 631 | 121 931 |
| Ulis du premier degré, autres dispositifs | 59 678 | 3 646 |
| Ensemble | 11 775 895 | 2 028 985 |
L’école primaire perd chaque rentrée l’équivalent de 5 000 classes
Le premier degré a reculé de 106 900 élèves en un an, soit 1,7 %. La baisse est un peu plus forte en élémentaire (− 1,8 %) qu’en préélémentaire (− 1,6 %), et elle s’accentue à mesure qu’on monte : − 0,7 % en CP, − 2,7 % en CM2.
Rien de scolaire là-dedans, ce sont les naissances. Leur nombre a baissé de 11 600 par an en moyenne sur les sept générations qui remplissent aujourd’hui les écoles, et la dernière année recensée compte 92 600 naissances de moins que celle d’il y a onze ans. Une génération plus petite entre en petite section, une génération plus nombreuse sort du CM2 : l’écart entre les deux est le chiffre du recul.
La campagne encaisse plus que la ville. 1 795 800 écoliers, soit 29,2 % du total, sont scolarisés dans une école rurale, et leurs effectifs baissent de 3,5 % quand ceux des écoles urbaines perdent 1,0 %.
Le collège se vide pendant que le lycée professionnel se remplit
Le second degré n’a perdu que 14 700 élèves, soit 0,3 %, mais cette quasi-stabilité recouvre deux mouvements opposés.
Le collège recule de 26 900 élèves (− 0,8 %), avec des baisses de 1,4 % en cinquième et en troisième : c’est la vague démographique de l’école primaire qui arrive, avec sept ans de retard. Le lycée, lui, accueille les générations plus nombreuses qui la précédaient. Les formations générales et technologiques restent à 1,600 million d’élèves (+ 900), les formations professionnelles gagnent 11 500 élèves (+ 1,8 %) pour atteindre 661 600.
Le taux de passage de la troisième vers la seconde professionnelle a pourtant baissé, de 19,3 % à 19,1 %. Ce sont les élèves déjà là qui font le nombre : les sorties en cours de formation reculent, et celles en fin de troisième passent de 12,0 % à 11,6 %.
De 21 élèves par classe à l’école à 30 en lycée général
Le nombre moyen d’élèves par classe se calcule en divisant les effectifs d’un niveau par le nombre de divisions ouvertes à ce niveau. Il ne dit rien de ce que voit un professeur en cours de langue ou de sciences, où la classe est souvent coupée en deux.
| Niveau de formation | Ensemble | Public | Privé sous contrat |
|---|---|---|---|
| Préélémentaire | 21,9 | 21,5 | 25,0 |
| Élémentaire | 21,3 | 20,9 | 24,4 |
| Collège hors Segpa | 25,8 | 25,4 | 27,5 |
| Segpa | 13,2 | 13,3 | 11,7 |
| Lycée général et technologique | 30,1 | 30,4 | 29,1 |
| Lycée professionnel | 18,5 | 18,6 | 18,2 |
La DEPP distingue cette mesure du nombre d’élèves par enseignant : il s’établit à 18,2 en élémentaire, pour 21,3 élèves par classe. Ce second rapport place la France loin devant ses voisins. La moyenne de l’OCDE est à 14,0 dans le primaire, l’Espagne à 12,2. Dans le secondaire, l’écart se referme presque : 13,2 en France contre 12,7 en moyenne. C’est à l’école que le corps enseignant français est le plus étiré.
Aucun texte ne fixe de nombre maximum d’élèves par classe
C’est la réponse que le ministère a faite à une question écrite au Sénat : il n’existe pas de plafond réglementaire national applicable à toutes les classes. Ce qui existe est un objectif, celui de plafonner à 24 élèves les classes de grande section, de CP et de CE1. Il est tenu à 92,5 % toutes classes confondues, avec 95,1 % en CP, 90,7 % en CE1 et 89,4 % en grande section.
Au-delà de ces trois niveaux, c’est la dotation académique et la surface de la salle qui arbitrent. Ça se voit dans la distribution : 76 % des classes de seconde générale et technologique comptent 30 élèves ou plus, et 24 % en comptent 35 ou plus. Au collège, de la sixième à la troisième, 13,2 % des classes dépassent 30 élèves. En CAP, deux classes sur trois en comptent 14 ou moins.
Les classes de collège les plus chargées sont dans le privé
Un collège privé sous contrat accueille en moyenne 27,2 élèves par classe, contre 24,7 dans le public. L’écart se lit mieux encore dans la distribution : 36 % des classes du privé atteignent ou dépassent 30 élèves, contre 7 % dans le public.
La DEPP donne l’explication principale : aucune école, aucun collège privé sous contrat ne relève de l’éducation prioritaire, où les divisions ont été allégées. Au lycée général et technologique, le rapport s’inverse : 29,1 élèves par classe dans le privé, 30,4 dans le public. Aucune mesure de dédoublement ne l’explique.
Le poids du privé sous contrat varie fortement selon l’endroit. Il scolarise 13,6 % des écoliers en France, mais 39 % dans l’académie de Rennes, 35 % dans celle de Nantes et 26 % à Paris.
En éducation prioritaire, un CP compte 12,7 élèves
Le dédoublement des classes de CP, de CE1 puis de grande section en réseau d’éducation prioritaire est la seule décision qui ait déplacé la taille des classes françaises de plusieurs élèves d’un coup.
Une classe de CP en REP+ comptait 21,7 élèves ; elle en compte 12,7. Le CE1 est à 12,8. La grande section, dernière servie, est passée de 23,6 à 14,5 élèves. Tous niveaux confondus, une classe de REP+ accueille 17,3 élèves contre 22,4 dans le public hors éducation prioritaire. Le dispositif couvre 1,1 million d’écoliers, un élève du public sur cinq, répartis dans 6 589 écoles, et 569 400 collégiens dans 1 094 collèges.
Reste la question que posaient les syndicats : à qui l’a-t-on pris ? À personne, répond la DEPP. En élémentaire, le nombre de classes en éducation prioritaire a bondi de 33,7 % pendant que les effectifs y baissaient de 1,5 %, et les écoles rurales hors éducation prioritaire ont vu leurs classes passer de 22,6 à 21,3 élèves sur la même période.
Ce que ces chiffres disent ensemble
Le pays scolarise moins d’élèves chaque année, mais l’allègement des classes s’arrête à la porte du collège. Sur la décennie écoulée, une classe d’élémentaire publique a perdu 2,6 élèves et une classe de maternelle 3,0 ; le collège en a gagné 0,6 et le lycée général et technologique 0,5. L’effort est allé aux trois premières années d’apprentissage et à l’éducation prioritaire, ce qui est un choix défendable et un choix quand même. Pendant ce temps, une classe de seconde sur quatre accueille 35 élèves ou plus, sans qu’aucun texte n’y fasse obstacle.
La taille d’une classe française tient donc moins au secteur ou au territoire qu’au niveau. L’État a payé pour le CP. Il n’a pas payé pour la seconde.