Aller au contenu
Page de fond

Combien d’enseignants en France, du primaire au supérieur

852 800 enseignants payés par l’Éducation nationale, 92 500 de plus dans le supérieur public. Le nombre de professeurs en France degré par degré, et pourquoi le rapport élèves-enseignant ne décrit aucune classe.

Fabien Mauduit Publié le 15 août 2026 8 min de lecture

Un tableau noir d’école recouvert de traces de craie effacée, dans une salle de classe vide.

J’ai longtemps recopié le chiffre de 12,8 élèves par enseignant dans le second degré public en croyant qu’il décrivait une salle de classe. Il n’en décrit aucune. Les 852 800 enseignants que paie l’Éducation nationale, 712 800 dans le public et 139 900 dans le privé sous contrat d’après le panel de personnels de la DEPP, se divisent par un effectif d’élèves. Le quotient ne correspond à rien de ce qu’on voit dans un couloir de collège. L’erreur vient toujours du même endroit : on prend un rapport pour une description.

  • 852 800 enseignants payés par l’Éducation nationale, sur 1,22 million de personnes que ce ministère rémunère
  • 367 500 exercent dans le premier degré, 485 300 dans le second
  • 92 500 enseignants dans l’enseignement supérieur public, dont 55 200 enseignants-chercheurs titulaires
  • 71 % des enseignants du secteur public sont des femmes, et 86 % dans le premier degré
  • 44 ans de moyenne d’âge dans le premier degré, 46 ans dans le second
  • 18,5 heures de service hebdomadaire moyen dans le second degré, heures supplémentaires comprises
  • 18,4 élèves par enseignant dans le premier degré public, contre 12,8 dans le second
  • 193 400 personnes en mission d’assistance éducative, toutes contractuelles

Sur 1,2 million d’agents, sept sur dix enseignent

Le ministère rémunère 1 218 110 personnes, dont 1 206 719 ont une affectation. Les enseignants en représentent 71 %. Les 353 900 autres exercent des missions qui ne sont pas de l’enseignement, et une seule d’entre elles pèse plus de la moitié du bloc : l’assistance éducative regroupe 193 400 personnes, surveillants et accompagnants d’élèves en situation de handicap, toutes contractuelles. Viennent ensuite l’administration, la logistique, la santé et le social (79 991), la direction d’établissement du second degré (15 624) et l’inspection (3 889).

Ces effectifs se comptent en personnes physiques affectées à leur mission principale, pas en équivalents temps plein : le ministère consacre 1 107 648 équivalents temps plein à ces 1,2 million d’agents. L’écart, ce sont les temps partiels et les services incomplets.

Un repère pour situer : la fonction publique d’État emploie 2,57 millions d’agents selon la DGAFP. L’Éducation nationale en concentre à elle seule près de la moitié. Aucun autre ministère n’en approche le tiers.

Le nombre de professeurs en France, degré par degré

Mission d’enseignementPublicPrivé sous contratPart de non-titulaires
Premier degré323 79143 6772,7 % / 16,6 %
Second degré389 03596 26911,1 % / 20,6 %
Ensemble712 826139 946

Source : DEPP, panel des personnels, secteurs public et privé sous contrat.

Dans le premier degré, 24 % des enseignants exercent en classe préélémentaire, 50 % en élémentaire, et 11 % dirigent une école tout en gardant une classe. Le public y consacre encore 31 827 personnes au seul remplacement et 19 564 aux besoins spécifiques.

Le second degré est bien plus fragmenté. 85 % de ses enseignants sont titulaires d’un corps du second degré, et sept sur dix d’entre eux sont certifiés ou professeurs d’éducation physique ; s’y ajoutent les agrégés, les professeurs de lycée professionnel et 8 956 professeurs documentalistes dans le public. La part de contractuels, elle, a monté partout en dix ans, et le privé sous contrat en emploie deux fois plus que le public.

Dans le supérieur, 92 500 enseignants et près de 130 000 vacataires

L’enseignement supérieur public compte 92 500 enseignants, dont 92 % dans les universités, les instituts nationaux polytechniques et les universités de technologie. Ils se répartissent en trois blocs : 55 200 enseignants-chercheurs titulaires, maîtres de conférences et professeurs des universités confondus (60 %), 24 600 contractuels (27 %), dont près de la moitié sont des doctorants contractuels et des attachés temporaires, et 12 700 enseignants du second degré affectés dans le supérieur (14 %). Les sciences en concentrent 37 %, les lettres 30 %, le droit et la santé 14 % chacun.

Cet effectif n’a gagné que 2,2 % en vingt ans. La croissance est passée ailleurs : près de 130 000 chargés d’enseignement vacataires interviennent dans les établissements, et l’inspection générale estime qu’ils assurent environ 20 % de la charge globale d’enseignement. Ils sont payés à l’heure et exercent un métier principal ailleurs. Ils n’entrent pas dans le décompte des 92 500, qui recense des personnels en fonction et non des intervenants payés à la vacation.

Quatre façons de compter les élèves d’un enseignant

Quatre indicateurs circulent, et ils ne répondent pas à la même question.

Indicateur (secteur public)Ce qu’il mesureValeur
Élèves par classe, collègela division administrative24,7
Élèves par structure (E/S)ce qu’un professeur a devant lui pendant une heure21,3
Heures allouées par élève (H/E)les moyens accordés, par semaine1,37 h
Élèves par enseignant, second degréun quotient comptable12,8

Les trois premiers décrivent une situation d’enseignement. Le dernier a été conçu par la DEPP pour comparer la France à d’autres pays, et c’est pourtant celui qu’on reprend le plus souvent pour parler d’une salle de classe.

Un professeur de collège n’a pas 12,8 élèves devant lui

Le dernier indicateur se déduit des deux précédents : un service de 18,5 heures divisé par 1,37 heure allouée par élève donne bien une treizaine d’élèves. Un collégien suit ses cours avec une dizaine de professeurs différents qui se partagent son emploi du temps ; chacun n’en a la charge que quelques heures par semaine. Le rapport divise un stock d’élèves par un stock d’enseignants, sans regarder qui se trouve en face de qui. Il ne prétend rien dire d’une salle.

Dans le premier degré, l’écart se resserre : 20,9 élèves par classe en élémentaire public, 18,4 par enseignant. Le professeur des écoles garde sa classe toute la journée. Ce qui reste d’écart vient des remplaçants, des enseignants spécialisés et des directeurs déchargés, comptés au dénominateur sans classe attitrée. La moyenne de l’OCDE dans le primaire tourne autour de 15 élèves par enseignant : la France, à 18,9 tous secteurs confondus, reste nettement au-dessus.

Sept enseignants sur dix sont des femmes

Elles représentent 71 % des enseignants du public : 86 % dans le premier degré, 59 % dans le second. Le privé sous contrat monte à 74 %, et jusqu’à 92 % en maternelle et en élémentaire. Elles exercent plus souvent à temps partiel ou incomplet : 12 % des enseignantes du public contre 6 % de leurs collègues masculins. Chez les accompagnants d’élèves en situation de handicap, la proportion de femmes atteint 93,9 %.

L’âge moyen s’établit à 44 ans dans le premier degré et 46 ans dans le second, en hausse de deux ans sur dix ans. Les personnels de direction et d’inspection ont 52 ans en moyenne, sept de plus que les autres missions non enseignantes. Ce sont les deux grandeurs les plus stables du tableau : la féminisation ne bouge plus, et l’âge ne monte que d’un cran tous les cinq ans.

Ce que le décompte du ministère laisse dehors

Ces décomptes ne couvrent que les agents payés par l’Éducation nationale ou par le ministère chargé de l’enseignement supérieur.

L’enseignement agricole dépend du ministère de l’Agriculture : 800 lycées publics et privés, environ 220 000 élèves et apprentis, et plus de 18 800 agents. Les établissements privés hors contrat, dont le nombre approche 2 500, scolarisent près de 1 % des élèves français, et leurs enseignants ne relèvent d’aucun décompte ministériel puisque l’État ne les rémunère pas. Les écoles de commerce, les écoles d’ingénieurs privées et les formations des ministères de la Défense ou de la Santé emploient les leurs de la même manière.

Additionner le scolaire et le supérieur public donne environ 945 000 enseignants. Le nombre de personnes qui enseignent en France, lui, dépasse le million.

Quatre questions qui reviennent

Combien de professeurs des écoles en France ? 367 500 personnes ont pour mission l’enseignement dans le premier degré, dont 323 791 dans le public et 43 677 dans le privé sous contrat.

L’Éducation nationale est-elle vraiment le premier employeur du pays ? Oui, avec 1,22 million de personnes rémunérées. C’est près de la moitié de la fonction publique d’État.

Combien de postes ouvre-t-on aux concours chaque année ? Un peu plus de 23 000 pour l’ensemble des concours publics à la dernière session. Le premier degré en a pourvu près de 95 %, contre 88 % à la session précédente ; les postes restés vacants se concentrent sur Créteil, Versailles, la Guyane et Mayotte.

Le nombre d’enseignants va-t-il baisser ? Le premier degré a perdu 106 900 élèves en une seule rentrée, soit 1,7 %. Les effectifs d’enseignants suivent cette pente avec retard, et ils reculent déjà dans le privé sous contrat.

Un enseignant pour soixante-dix habitants

Rapportés à la population, les 945 000 enseignants du pays font un pour un peu plus de soixante-dix habitants, et environ un emploi sur trente. Cette masse bouge lentement. Elle dépend d’une démographie scolaire qui recule chaque année, et d’un recrutement par concours dont les effets mettent plusieurs rentrées à se voir. Le désaccord public sur les moyens, lui, porte le plus souvent sur des indicateurs que personne ne distingue : la taille d’une classe, le nombre d’élèves devant un professeur pendant une heure, et un quotient national qui n’a jamais décrit une salle. Les trois sont justes. Ils ne parlent pas de la même chose, et c’est en les confondant qu’on se trompe le plus vite. Le détail figure chaque année dans les Repères et références statistiques publiés par la DEPP.