Chaque été, l’INJEP met en ligne un classeur de tableurs que presque personne n’ouvre : les 120 fédérations agréées par le ministère des Sports y ont déclaré, ligne à ligne, ce qu’elles ont délivré au cours de la saison. Le total tient en un nombre : 17 161 064 licences annuelles. Les fichiers arrivent en début d’année, l’institut les nettoie pendant six mois. Tous les classements de sports français en sortent. Celui-ci compris.
- 17,2 millions de licences annuelles, soit 25,1 pour 100 habitants
- 22,6 millions de titres de participation si l’on compte tout, licences courtes comprises
- 2 352 238 licences au football, deux fois le tennis
- 38,9 % de licences féminines, une part qui monte de deux dixièmes de point par saison
- 6,9 millions de licences détenues par un enfant de 13 ans ou moins
- 156 266 clubs et établissements actifs
- De 14,3 à 37,5 licences pour 100 habitants selon le département
Le classement des fédérations, du football au tennis de table
Les vingt premières fédérations délégataires, celles à qui l’État confie une discipline, se classent ainsi au recensement de l’INJEP. La part de femmes se calcule sur les mêmes licences.
| Fédération | Licences annuelles | Part de femmes |
|---|---|---|
| Football | 2 352 238 | 10,5 % |
| Tennis | 1 169 754 | 29,6 % |
| Équitation | 648 254 | 85,7 % |
| Basketball | 615 771 | 34,6 % |
| Handball | 591 324 | 40,3 % |
| Judo, jujitsu, kendo | 547 671 | 34,1 % |
| Golf | 442 536 | 26,5 % |
| Rugby | 424 293 | 13,7 % |
| Natation | 402 371 | 55,4 % |
| Gymnastique | 341 987 | 85,1 % |
| Athlétisme | 313 957 | 48,0 % |
| Pétanque et jeu provençal | 302 920 | 18,2 % |
| Voile | 302 042 | 37,3 % |
| Tir | 275 116 | 11,5 % |
| Karaté | 249 719 | 37,5 % |
| Randonnée pédestre | 234 755 | 65,1 % |
| Badminton | 208 986 | 37,0 % |
| Tennis de table | 182 499 | 14,8 % |
| Volley | 155 635 | 47,8 % |
| Plongée et sports sous-marins | 134 745 | 33,9 % |
Derrière viennent l’escalade (120 060), le cyclisme (107 508), la danse (99 771) et les échecs (76 146), agréés comme fédération sportive au même titre que les autres.
La pétanque devance l’athlétisme
Les fédérations olympiques sont trente-huit et pèsent 10 065 626 licences. Cinquante-quatre autres fédérations sont délégataires elles aussi, sans qu’aucune de leurs disciplines figure à un programme olympique. Elles délivrent ensemble 1 970 418 licences, et s’arrêter aux premières revient à effacer la douzième fédération du pays.
La pétanque et le jeu provençal comptent 302 920 licences, davantage que l’athlétisme. La randonnée pédestre en compte 234 755 et le karaté 249 719. Le cyclotourisme, avec 106 733 licences, dépasse le cyclisme de compétition. Le motocyclisme (66 179) fait jeu égal avec la boxe.
La cause tient à la nomenclature. La délégation est un acte administratif du ministère des Sports, l’olympisme une décision du Comité international olympique, et les deux périmètres ne se recouvrent pas. Le second n’a jamais eu vocation à décrire la pratique française.
Le sport scolaire délivre plus de licences que le tennis
Cinq fédérations scolaires et universitaires figurent au recensement, pour 3 274 879 licences annuelles. C’est près d’une licence sur cinq. Dans un classement toutes fédérations confondues, l’UNSS prendrait la deuxième place, devant le tennis de 2 219 licences.
| Fédération scolaire | Licences annuelles | Part de femmes |
|---|---|---|
| UNSS (second degré public) | 1 171 973 | 39,8 % |
| UGSEL (enseignement catholique) | 1 140 412 | 50,1 % |
| USEP (premier degré public) | 809 397 | 50,2 % |
| Sport universitaire | 98 632 | 31,3 % |
| Clubs universitaires | 54 465 | 38,2 % |
Une licence UNSS s’obtient par le collège ou le lycée et donne accès à l’association sportive de l’établissement ; elle se cumule très souvent avec une licence de club. Ces licences expliquent une bonne part du pic observé entre 10 et 14 ans, et elles suivent les effectifs scolaires plus que l’engouement pour une discipline.
Le recensement compte des licences, pas des licenciés
La méthodologie de l’INJEP l’écrit noir sur blanc : « sont comptabilisées les licences et non les licenciés, un même individu pouvant détenir plusieurs licences annuelles au sein d’une fédération et/ou au sein de plusieurs fédérations ». Un adulte licencié en club, arbitre le week-end et dirigeant bénévole pèse trois lignes du fichier. Il reste une seule personne.
Le champ est également plus étroit qu’il n’y paraît. Une licence annuelle donne accès à la saison entière, assurance comprise. Tout le reste bascule dans les « autres titres de participation », qui pèsent 5 433 217 unités supplémentaires. Additionnés, les titres délivrés atteignent 22 638 215.
Deux structures montrent l’écart. L’UCPA déclare 1 312 licences annuelles et 2 213 665 autres titres ; la Fédération française des clubs omnisports, 25 603 contre 855 199. Aucune n’apparaît dans un classement des sports, alors que les deux touchent plus de monde que le rugby.
Trois licences sur huit reviennent à une femme
Les femmes détiennent 6 668 024 licences, soit 38,9 % du total. Rapporté à la population, l’écart se lit mieux : 31,6 licences pour 100 hommes contre 18,9 pour 100 femmes.
La moyenne cache des mondes séparés. Le twirling bâton (89,5 %), les sports de glace (88,3 %), la danse (85,9 %), l’équitation (85,7 %) et la gymnastique (85,1 %) sont des fédérations très majoritairement féminines. À l’autre bout, l’aéromodélisme (5,0 %), le ball-trap (5,7 %), le motocyclisme (7,3 %) et le football (10,5 %) restent des mondes d’hommes.
Le mouvement est lent, mais régulier : la part féminine gagne environ deux dixièmes de point par saison. Le rugby est passé de 13,0 à 13,7 %, le taekwondo de 41,1 à 43,3 % en une saison. Le basketball, lui, féminin à 40 % il y a une vingtaine d’années, est descendu à 34,6 %.
Quatre licences sur dix appartiennent à un enfant
Les 1-13 ans détiennent 6 918 973 licences, soit 40,3 % du total et 68,5 licences pour 100 enfants de cet âge.
Le sommet se situe entre 10 et 14 ans, avec 96,1 licences pour 100 habitants de cet âge. Le taux dépasse même 100 dans plusieurs départements, puisque le décompte porte sur des licences et non sur des personnes. Puis la courbe s’effondre : 46,6 pour 100 chez les 15-19 ans, 20,7 chez les 20-24 ans, 16,9 sur toute la tranche 21-55 ans, 3,2 chez les 80 ans et plus.
Autrement dit, le paysage fédéral français est d’abord un dispositif d’encadrement de l’enfance. Peu de fédérations échappent à cette pyramide, et elles se repèrent tout de suite : randonnée pédestre, retraite sportive, cyclotourisme, pétanque. Le golf en fait partie, avec 54,5 % de licenciés de 56 ans et plus contre 6,9 % d’enfants.
Du simple au double et demi selon le département
La moyenne nationale s’établit à 25,1 licences pour 100 habitants, et cette moyenne n’existe nulle part.
| Territoire | Licences pour 100 habitants |
|---|---|
| Hautes-Alpes | 37,5 |
| Lozère | 36,4 |
| Mayenne | 34,1 |
| Bretagne | 31,0 |
| Pays de la Loire | 30,5 |
| Île-de-France | 21,1 |
| Paris | 17,2 |
| Seine-Saint-Denis | 14,3 |
| Mayotte | 13,8 |
Le rapport est de 1 à 2,6 entre les Hautes-Alpes et la Seine-Saint-Denis. Deux mécanismes se superposent : les départements ruraux et de montagne concentrent des fédérations de plein air à fort taux de licence, et le club reste dans ces territoires la seule offre sportive organisée. Là où l’offre marchande est dense, entre salles de sport, cours à la séance et pratique libre, la licence perd son monopole sans que la pratique recule. Un taux bas mesure donc la part de la pratique qui passe par une fédération, et non la sédentarité d’une population. La carte départementale complète est tenue à jour par l’Observatoire des territoires.
Ce qui monte et ce qui recule d’une saison à l’autre
Sur un an, l’ensemble progresse de 3,8 %. Derrière cette moyenne, les disciplines s’écartent beaucoup : rugby +13,2 %, handball +11,2 %, tir +7,5 %, football +6,2 %, tennis +5,7 %. L’équitation perd 4,0 %, la voile 3,3 %, le sport universitaire 4,7 %.
Sur la longue période, le nombre de licences a progressé d’un peu plus de 20 % quand la population gagnait 11 %. La trajectoire n’a rien de régulier. La fermeture des clubs a fait tomber le décompte à 12,8 millions, soit une perte de 3,5 millions de licences en deux saisons, avant un rattrapage qui a dépassé le niveau antérieur.
Les sports de raquette et les sports de combat tirent cette reprise. Le padel, rattaché à la Fédération française de tennis, alimente sa croissance sur les adultes, là où le tennis recrutait surtout des enfants.
Questions fréquentes
Quel est le sport le plus pratiqué en France ? Le football, avec 2 352 238 licences annuelles, soit 13,7 % de toutes les licences délivrées dans le pays. L’écart avec le tennis est de deux pour un.
Combien de licenciés sportifs en France au total ? Le recensement dénombre 17 161 064 licences annuelles, pas 17 millions de personnes. Le nombre de pratiquants licenciés est inférieur, sans que l’écart soit mesuré : le dispositif ne suit pas les individus.
Quel sport compte le plus de femmes ? L’équitation, avec 555 525 licences féminines, devant la gymnastique volontaire (402 377) et la gymnastique (291 081). En part, c’est le twirling bâton qui arrive en tête avec 89,5 %.
Où trouver les chiffres d’origine ? Le classeur complet, par fédération, sexe, âge et département, est en accès libre chez l’INJEP.
Un pays de licenciés jeunes, masculins et inégalement répartis
Mis bout à bout, ces chiffres décrivent une institution : 120 fédérations, 156 266 clubs, un dispositif qui touche presque toute une classe d’âge autour de 12 ans, en perd la moitié à l’entrée dans la vie adulte et n’en garde qu’un adulte sur six. La géographie fait le reste, du simple au double et demi selon le département.
Voilà aussi ce qui limite la portée d’un palmarès de sports. Un total de licences mesure une adhésion administrative. La course à pied, la musculation en salle et le vélo du dimanche n’y figurent pas, alors que ce sont les activités que les Français citent le plus souvent quand on les interroge sur leur pratique. Le classement dit quels sports s’organisent en clubs, ce qui n’est pas tout à fait la même question.