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Combien de châteaux en France : 5 808 protégés, pas 45 000

Le nombre de châteaux en France se recopie partout sans jamais se vérifier. Compté ligne à ligne dans la liste du ministère de la Culture, il tombe à 5 808, et le fameux 45 000 compte surtout des églises.

Fabien Mauduit 10 min de lecture

Toiture d’ardoise, lucarnes de pierre et souche de cheminée d’un corps de logis ancien, vues de près

J’ai recopié 11 000 dans une note de travail, sans aller voir. Le compte réel est de 5 808 : c’est le nombre de notices dont la dénomination est « château » ou « château fort » dans la liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques, que le ministère de la Culture publie en fichier ouvert. Je l’ai téléchargée et comptée ligne à ligne. Le 11 000 traînait dans trois pages ouvertes côte à côte, il avait l’allure d’une donnée officielle, et il n’en est pas une.

L’autre chiffre, les 45 000, sort bien d’une publication du ministère. Il ne compte simplement pas des châteaux.

  • 5 808 notices de château ou de château fort dans la liste des monuments historiques.
  • 7 671 si l’on ajoute manoirs, édifices fortifiés, maisons fortes, demeures, palais et donjons.
  • 45 223 immeubles protégés toutes catégories confondues, dont 14 333 classés et 30 890 inscrits.
  • 10 118 églises protégées, soit près du double des châteaux.
  • 82,5 % des châteaux protégés appartiennent à un propriétaire privé, contre 45,9 % de l’ensemble.
  • 3 611 châteaux protégés ne le sont que pour une partie d’eux-mêmes.
  • 5 159 communes sur 34 875 abritent au moins un château protégé.
  • 186 en Dordogne, 2 à Paris.

Pourquoi le nombre de châteaux en France varie du simple au double

La dénomination n’est pas un mot que le rédacteur d’une notice choisit librement : il la prend dans un vocabulaire fermé, et le voisinage du château y est peuplé. Selon l’endroit où l’on arrête la famille, le total change de figure.

Dénomination dans la listeNotices
Château5 704
Manoir975
Édifice fortifié534
Demeure243
Château fort104
Maison forte73
Palais36
Donjon2

Un manoir normand et un château fort auvergnat n’ont ni la même taille ni le même âge. Le visiteur qui arrive devant les appelle pourtant tous les deux un château. En cherchant le mot dans tous les champs d’une notice, titre et appellations comprises, on remonte à 6 607. La fourchette tient donc entre 5 800 et 7 700 selon la largeur qu’on donne au mot, et pas au-delà.

Le chiffre de 45 000 compte les églises, pas les châteaux

Il vient bien du ministère de la Culture, et il est juste : 45 223 immeubles sont protégés au titre des monuments historiques. Seulement, ce total additionne tout ce que la protection couvre.

Ce que la liste protègeNotices
Églises10 118
Maisons5 802
Châteaux5 704
Immeubles2 802
Chapelles1 600
Dolmens532
Ponts507

L’église arrive largement en tête, et la maison ordinaire passe devant le château. On y trouve aussi 480 fontaines, 432 menhirs et 185 monuments aux morts. Le glissement s’est fait tout seul : un chiffre rond et vrai, sorti de sa colonne, a fini par désigner autre chose. C’est le même mécanisme qui sépare les musées labellisés du nombre de lieux qui se disent musées.

Un château protégé est rarement protégé en entier

Sur les 5 741 notices de château dont la protection est détaillée, 3 611 portent la mention « partiellement ». L’arrêté ne couvre alors pas l’édifice, mais ses façades, sa toiture, son escalier d’honneur, parfois un seul plafond peint.

Le niveau de protection change lui aussi le sens du total. Le classement est la protection forte, l’inscription la protection simple. 1 569 châteaux portent un classement, total ou partiel ; 4 172 sont inscrits sans jamais avoir été classés, soit près de trois sur quatre. Et 579 notices signalent un château réduit à l’état de vestiges ou de fragments : le pan de mur d’un donjon dans un pré compte pour une unité, exactement comme Chambord.

Un château protégé est d’abord une ligne de fichier. Le bâtiment qu’on visite et le dossier qui le couvre ne se recouvrent qu’en partie.

Quatre châteaux protégés sur cinq appartiennent à un particulier

Chaque notice porte le statut juridique du propriétaire. En les classant, le château se détache du reste du patrimoine protégé.

Type d’édificePart de propriété privéePart de propriété publique
Châteaux82,5 %13,1 %
Maisons87,7 %9,2 %
Églises2,0 %96,3 %
Ensemble des immeubles protégés45,9 %49,0 %

Les églises appartiennent aux communes depuis la loi de séparation, ce qui tire la moyenne nationale vers le public. Le château, lui, n’a jamais changé de mains : 4 707 des notices relèvent d’un propriétaire privé ou d’une société privée, 745 seulement d’une personne publique. La conséquence est budgétaire. Quand l’État arbitre ses crédits de restauration, il finance un patrimoine dont il n’est presque jamais propriétaire, et les décisions de protection prises chaque année se partagent à peu près par moitié entre public et privé.

Où ils sont : la Dordogne devant, le Val de Loire cinquième

La géographie du château protégé ne suit pas la carte touristique. La Nouvelle-Aquitaine en réunit 976, l’Auvergne-Rhône-Alpes 834, l’Occitanie 710 ; le Centre-Val de Loire, dont le nom seul évoque des châteaux, n’arrive qu’en cinquième position avec 474.

DépartementChâteaux protégésPart des communes qui en abritent un
Dordogne18630 %
Allier15836 %
Indre-et-Loire14841 %
Maine-et-Loire13663 %
Côte-d’Or13318 %
Vienne12740 %
Calvados12523 %
Saône-et-Loire12420 %

Le Maine-et-Loire est le cas extrême : avec 176 communes seulement, près de deux sur trois abritent un château protégé. À l’autre bout, la Seine-Saint-Denis en compte 6, les Vosges 16, Paris 2.


Ce que la liste du ministère ne peut pas compter

Un château sans protection n’apparaît nulle part. Il n’existe aucun recensement du bâti castral privé en France : la protection se demande, elle ne s’impose pas, et un propriétaire qui n’a rien demandé reste invisible pour la statistique publique. C’est de ce trou que sortent les estimations à 40 000 ou 45 000, qui ne s’appuient sur aucun comptage.

Deux ordres de grandeur cernent ce hors-champ. La Fondation du patrimoine estime à 67 000 le nombre d’édifices non protégés en péril ou en mauvais état, toutes natures confondues. La Demeure Historique, qui fédère les propriétaires privés de monuments protégés, en réunit un peu plus de 3 000.

L’état des protégés se mesure, lui. Sur 36 512 monuments historiques examinés au dernier bilan sanitaire, 13 174 sont en bon état, 15 022 en état moyen, 6 527 en mauvais état et 1 789 en péril. Plus de la moitié de ces derniers appartiennent à des propriétaires privés.

Questions fréquentes

Quel chiffre citer, alors ? Retenez 5 808 pour les châteaux protégés au titre des monuments historiques, en précisant que c’est un décompte de notices. Environ 7 700 si l’on inclut manoirs et maisons fortes. Tout nombre supérieur à 10 000 relève de l’estimation.

Quelle différence entre classé et inscrit ? Le classement est la protection la plus forte, décidée au niveau national ; l’inscription est une protection simple, prononcée par le préfet de région. Sur l’ensemble des immeubles protégés, 14 333 sont classés et 30 890 inscrits.

Peut-on visiter tous ces châteaux ? Non. Plus de huit sur dix sont des propriétés privées, et la protection n’emporte aucune obligation d’ouverture au public.

Une notice égale-t-elle un château ? Pas exactement. Une notice peut couvrir un ensemble entier, ou au contraire ne porter que sur une partie d’un édifice ; c’est l’unité de compte de l’administration, pas du visiteur.

Ce que les deux chiffres mesurent vraiment

Le 45 000 est un total de monuments protégés dont les châteaux forment un huitième. Le 11 000 n’a pas de source repérable, et j’ai cherché. Reste un fichier public de 5 808 lignes, privé aux quatre cinquièmes, inscrit plutôt que classé, et souvent protégé sur une façade plutôt que sur un édifice entier. Les dizaines de milliers de gentilhommières qui dorment derrière les haies existent, elles aussi. Personne ne les a jamais comptées, et c’est une phrase que peu d’articles acceptent d’écrire. Quand un chiffre rond circule sans colonne d’origine, la bonne réaction est d’aller ouvrir le fichier : celui du ministère se télécharge en trois minutes.

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