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Combien de plombiers en France : de 43 000 à 136 000

Le nombre de plombiers en France change du simple au triple selon le comptage retenu : entreprises immatriculées, salariés qui exercent vraiment le métier, indépendants. Les trois chiffres, leur périmètre, et la densité département par département.

Fabien Mauduit Publié le 15 août 2026 11 min de lecture

Établi d'atelier couvert de raccords en laiton, de coudes en cuivre et d'une pince multiprise

« Mettez 100 000, tout le monde met 100 000. » Le responsable de fédération qui m’a dit ça au téléphone ne trichait pas : il reprenait un ordre de grandeur que personne autour de lui n’avait ouvert. Le nombre de plombiers en France n’existe pas au singulier. Selon ce qu’on décide de compter, la réponse va de 43 692, ceux qui sont seuls dans leur entreprise, à 136 293, tous ceux qui font ce travail de leurs mains. Les deux bouts sont exacts.

  • 117 355 entreprises sont immatriculées au répertoire Sirene sous l’un des deux codes de la plomberie et du chauffage, dont 71 805 en plomberie seule.
  • 73 299 établissements sont retenus par l’INSEE, qui écarte ceux qui n’ont ni salarié ni chiffre d’affaires.
  • 43 692 d’entre eux n’emploient personne : six sur dix.
  • 173 115 salariés travaillent dans ces entreprises, tous postes confondus.
  • 85 164 seulement y exercent le métier : 33 182 plombiers et 51 982 chauffagistes.
  • 51 129 personnes tiennent leur affaire sans être salariées, dont 20 700 sous le régime de la micro-entreprise.
  • On compte une entreprise pour 582 habitants, une pour 286 en Corse-du-Sud, une pour 1 178 dans la Manche.
  • 9 540 projets d’embauche ont été déclarés sur la dernière enquête de besoins en main-d’œuvre.

Trois comptages, et ils ne répondent pas à la même question

Ce qu’on compteCombienÀ quelle question ça répondSource
Entreprises immatriculées117 355combien de sociétés existent sur le papierSirene
Établissements en activité73 299combien d’entreprises produisentINSEE
Salariés de ces entreprises173 115combien de personnes en viventUrssaf
Salariés qui exercent le métier85 164combien tiennent la pinceUCF-CIBTP
Non-salariés51 129combien travaillent à leur compteAcoss

Le piège est de prendre une entreprise pour une personne. Les 173 115 salariés relevés par l’Urssaf comprennent les secrétaires, les commerciaux, les techniciens de bureau d’études et les cadres des entreprises de plomberie et de chauffage. La caisse des congés payés du bâtiment, elle, ne compte que ceux dont le métier déclaré est plombier ou chauffagiste, chez n’importe quel employeur du BTP : 85 164. Ajoutez les 51 129 non-salariés et vous obtenez 136 293 personnes qui font ce travail de leurs mains, salariées ou à leur compte.

Le code 43.22A compte aussi les arroseurs de pelouse

Un code d’activité décrit ce qu’une entreprise vend, pas ce qu’une personne fait de ses journées, et c’est de là que vient l’essentiel de l’écart entre les sources.

La sous-classe 43.22A, « travaux d’installation d’eau et de gaz en tous locaux », comprend la plomberie et les appareils sanitaires, mais aussi les réseaux de distribution d’eau et de gaz, les installations d’extinction automatique d’incendie, les robinets d’incendie armés, les systèmes d’arrosage automatique des pelouses et la pose de conduits. La plomberie n’y est qu’un morceau. Elle exclut en revanche le traitement de l’eau des piscines collectives, rangé avec la gestion de l’eau.

Le chauffage a son propre code, 43.22B : chaudières, tours de refroidissement, ventilation, climatisation, capteurs solaires thermiques. Mais le chauffage électrique par plinthe en sort et part chez les électriciens du bâtiment.

Une entreprise qui fait les deux ne porte qu’un code, celui de son activité dominante. Un chauffagiste employé par un plombier compte donc dans son métier à lui et dans l’activité de son patron. L’INSEE le signale dans ses notes : les effectifs d’un métier peuvent dépasser ceux de l’activité qui porte son nom.

Une entreprise immatriculée sur trois ne produit rien

Le répertoire Sirene porte 117 355 unités actives sur les deux codes. L’INSEE n’en retient que 73 299, parce qu’il écarte celles qui n’ont aucun salarié et ne déclarent aucun chiffre d’affaires. L’écart, 44 000 unités, correspond pour l’essentiel à des micro-entreprises inscrites et dormantes : le régime laisse huit trimestres pour déclarer une recette avant radiation.

Un tiers du répertoire dort. Le choix du périmètre pèse donc plus lourd que la qualité de la source. Au répertoire brut, le secteur paraît une fois et demie plus dense qu’il ne produit. Réduit à ses seuls employeurs, il perd les trois quarts de ses unités.

Le chauffagiste gagne ce que le plombier perd

Sur les cinq derniers exercices publiés par la caisse des congés payés du BTP, le nombre de plombiers salariés a reculé de 5 %, de 34 926 à 33 182. Celui des chauffagistes a gagné 22 %, de 42 696 à 51 982. L’écart entre les deux a plus que doublé en cinq ans. On compte maintenant une fois et demie plus de chauffagistes que de plombiers.

La pompe à chaleur explique presque tout. Les aides à la rénovation énergétique ont déplacé la commande du sanitaire vers le génie climatique, et le périmètre « chauffagiste » absorbe aussi les frigoristes, les monteurs en isolation thermique et les ramoneurs-fumistes. Une entreprise qui bascule son activité principale change de code, et ses salariés changent de colonne sans changer de camionnette.

Une entreprise pour 286 habitants en Corse, une pour 1 178 dans la Manche

DépartementEntreprises immatriculéesHabitants par entreprise
Corse-du-Sud587286
Alpes-Maritimes3 704304
Var3 336335
Seine-Saint-Denis4 980342
France entière117 355582
Ille-et-Vilaine1 0011 119
Mayenne2701 131
Manche4221 178

Le rapport entre les deux extrêmes est de un à quatre. Il ne va pas dans le sens attendu. Les départements ruraux ne ferment pas la marche : la Lozère compte une entreprise pour 708 habitants, mieux que le Calvados et ses 715, et la Creuse une pour 807. Le bas du classement revient au Grand Ouest et aux Hauts-de-France, où les entreprises sont plus grosses et moins nombreuses.

Ce classement mesure des immatriculations, pas des professionnels disponibles. Le littoral méditerranéen, la Corse et la petite couronne parisienne concentrent les inscriptions individuelles, sur un marché de rénovation et de résidences secondaires où la structure d’une journée de travail n’a rien à voir avec celle d’un artisan installé.


Six établissements sur dix n’emploient personne

Taille de l’établissementÉtablissementsPart des salariés du secteur
aucun salarié43 6920 %
1 à 9 salariés24 98641 %
10 à 19 salariés2 79517 %
20 à 49 salariés1 45118 %
50 à 199 salariés34911 %
200 salariés et plus2613 %

Vingt-six établissements portent 13 % des emplois du secteur. Ils pèsent presque autant que les 2 795 entreprises de 10 à 19 salariés réunies. Deux mondes cohabitent sous le même code : une poussière d’artisans seuls, qui donne son visage à l’artisanat du bâtiment, et des groupes d’installation qui travaillent comme des industriels. Chez ceux qui emploient, la moyenne s’établit à 5,8 salariés, celle du bâtiment tout entier.

Chez les non-salariés, 97 % sont des hommes et un sur trois a passé 50 ans. Un tiers de 51 129, cela fait près de 17 000 affaires à reprendre ou à fermer dans la décennie. Ce qu’elles vaudront dépendra d’abord de ce qu’un plombier à son compte gagne.

Les projets d’embauche ont reculé d’un quart

Les employeurs interrogés par France Travail ont déclaré 9 540 projets de recrutement de plombiers-chauffagistes sur la dernière enquête, contre 13 040 à la précédente. Le métier reste le troisième du BTP par le volume, derrière les maçons et les électriciens, mais c’est lui qui a le plus chuté après les cadres d’études.

La tension ne se relâche pas pour autant : 65 % des projets de la construction sont jugés difficiles à pourvoir, contre 43,8 % tous secteurs confondus, et 66 % pour le second œuvre. La formation tient bon : 18 728 contrats d’apprentissage sont en cours dans la plomberie et le chauffage, soit un apprenti du bâtiment sur cinq pour un secteur qui n’en pèse que 13 % des établissements.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d’entreprises de plomberie en France ? 71 805 sont immatriculées sous le code 43.22A. En ajoutant le chauffage et la climatisation, 117 355. L’INSEE n’en retient que 73 299 après avoir écarté celles sans salarié ni chiffre d’affaires.

Plombier et chauffagiste, est-ce le même métier dans les statistiques ? Non. Deux codes d’activité, deux périmètres de métier. Le second recouvre aussi les frigoristes et les ramoneurs-fumistes, et on y compte une fois et demie plus de salariés.

Combien de femmes exercent la plomberie ? 3 % des non-salariés de la couverture, de la plomberie et du chauffage, d’après les données de recouvrement de l’Acoss. À peine en dessous des 3,5 % relevés par l’INSEE sur l’ensemble du travail indépendant dans la construction.

Manque-t-il vraiment des plombiers ? Deux tiers des projets de recrutement du second œuvre sont déclarés difficiles à pourvoir, alors même que leur volume baisse plus vite qu’ailleurs dans le BTP. Les employeurs cherchent des profils qualifiés, et le nombre d’inscrits au répertoire ne dit rien de ceux-là.

Le bon chiffre est celui de votre département

Quand quelqu’un demande combien il y a de plombiers en France, il demande presque toujours l’une de deux choses : est-ce que le métier a de l’avenir, ou est-ce qu’il en reste un de disponible près de chez lui. Les chiffres répondent séparément. Le métier existe en nombre stable, à peine 136 000 personnes pour 68 millions d’habitants, et il se déforme vers le génie climatique pendant que le sanitaire pur se contracte. La disponibilité, elle, est une affaire départementale, et l’écart de un à quatre entre la Corse-du-Sud et la Manche ne se lit dans aucun agrégat national. Le total national ne sert donc à peu près à rien. Prenez le chiffre de votre département et divisez-le par sa population.