Le plombier repose la facture sur le capot : 420 € pour un chauffe-eau remplacé, matériel compris. Le client voit 420 €. S’il est au régime de la micro-entreprise, l’artisan en gardera 142 : 189 € sont partis au négoce avec le ballon, 89 € à l’Urssaf, et il reste à payer le camion, l’assurance et l’impôt.
Le revenu moyen d’un plombier installé à son compte au régime classique s’établit à 35 001 € par an d’après l’Urssaf, soit 2 917 € par mois. C’est un revenu net de cotisations sociales et avant impôt sur le revenu, pour 64 830 comptes cotisants du secteur.
Les chiffres à retenir
- 35 001 € de revenu annuel moyen pour un indépendant classique des travaux d’installation, soit 2 917 € par mois (Urssaf, dernier exercice publié)
- 10 531 € par an pour un auto-entrepreneur du même secteur, soit 878 € par mois
- 47 % des indépendants du secteur relèvent du régime micro
- 21,2 % du chiffre d’affaires encaissé partent en cotisations sous ce régime, fournitures comprises
- 83 600 € de chiffre d’affaires : le plafond au-delà duquel la micro-entreprise se referme
- 348 461 € de chiffre d’affaires hors taxes pour une entreprise de plomberie-chauffage moyenne, qui emploie 3,09 personnes (Cerfrance)
- 2 051 € nets par mois pour un ouvrier du privé en équivalent temps plein (INSEE)
- 1,64 : le rapport entre le revenu moyen des Yvelines et celui de l’Aude
Sur 100 € facturés, la moitié n’a jamais été à vous
La confusion entre le chiffre d’affaires et le revenu est ce qui fait circuler des revenus de plombier trois fois trop élevés. Les deux grandeurs ne se ressemblent pas.
Une entreprise de plomberie-chauffage facture en moyenne 348 461 € hors taxes par an selon l’observatoire Cerfrance, avec 3,09 personnes à bord. Son taux de marge globale ressort à 55,4 % : près de 45 % de ce qui entre repart aussitôt en cuivre, en chaudières et en consommables. Les salaires prennent encore 20,5 % du chiffre d’affaires. Ce qui reste paie le camion, l’assurance décennale, le local, les cotisations du patron, et le patron.
Au régime micro, le mécanisme est plus brutal encore : les 21,2 % de cotisations se calculent sur la totalité de l’encaissement, matériel compris. Le plombier qui fait passer 45 % de fournitures dans ses factures cotise donc aussi sur le prix du ballon d’eau chaude qu’il a acheté au négoce.
Ce qui reste sur une facture
Un indépendant sur deux est auto-entrepreneur, et il gagne trois fois moins
Le secteur des travaux d’installation compte 64 830 indépendants au régime classique et 57 743 auto-entrepreneurs ayant déclaré une recette dans l’année. Les seconds représentent 47 % de la population, et leur revenu moyen est 3,3 fois plus faible : 10 531 € par an contre 35 001 €.
L’écart ne mesure pas un écart de compétence. L’Urssaf déduit le revenu d’un auto-entrepreneur de son chiffre d’affaires, par un abattement forfaitaire de 50 % : facturer 21 000 € dans l’année produit mécaniquement un revenu déclaré de 10 500 €. La moitié du secteur exerce à temps partiel, en complément d’un emploi salarié, ou démarre.
Le régime plafonne aussi le sommet. À 83 600 € de facturation, plafond de la micro-entreprise pour les prestations de services, un plombier qui achète 30 % de fournitures et paie 500 € de frais mensuels dégage 34 800 € : à peu près la moyenne d’un artisan au réel, sans pouvoir aller plus haut. Passer au régime réel devient alors la seule façon de continuer à monter.
Deux catégories de plombiers manquent à ces 35 000 €
Le gérant d’une SASU ou le dirigeant d’une SAS ne figure nulle part dans ces séries : la Sécurité sociale le traite en assimilé salarié, et son revenu part dans les statistiques de salaires. Or c’est une forme juridique fréquente chez les artisans qui embauchent. Les indépendants taxés d’office, faute de déclaration, sont écartés du calcul. Et l’unité comptée est le compte cotisant, pas la personne : celui qui cumule deux activités compte deux fois.
Le champ statistique, enfin, ne connaît pas le métier de plombier. Il connaît les travaux d’installation, qui rassemblent la plomberie, le chauffage, l’électricité et le génie climatique. Vous pouvez consulter le détail dans le jeu de données de l’Urssaf sur les revenus des travailleurs indépendants par secteur. Pour savoir combien ils sont exactement, la même difficulté de périmètre se retrouve dans le décompte des plombiers.
Sur les effectifs, au moins, les deux administrations tombent d’accord : additionnés, les trois blocs du bâtiment donnent 432 600 indépendants côté Urssaf, quand l’INSEE en dénombre 433 000 dans la construction. Les désaccords entre sources ne portent presque jamais sur le comptage. Ils portent sur le périmètre.
Entre l’Aude et les Yvelines, l’écart va de 1 à 1,6
| Département | Revenu annuel moyen (€) | Écart à la moyenne nationale |
|---|---|---|
| Yvelines | 42 195 | +23 % |
| Seine-et-Marne | 39 834 | +16 % |
| Rhône | 38 524 | +12 % |
| Gironde | 34 430 | 0 % |
| Bouches-du-Rhône | 31 187 | −9 % |
| Hérault | 29 124 | −15 % |
| Aude | 25 718 | −25 % |
Indépendants classiques des travaux d’installation, source Urssaf.
Cette carte ressemble beaucoup à celle des prix de l’immobilier, et pas du tout à celle du nombre d’artisans. Là où les logements sont chers et les propriétaires solvables, la salle de bains refaite se facture au niveau du reste. Le pourtour méditerranéen se tient sous la moyenne, avec pourtant beaucoup de monde sur le marché : 2 065 comptes cotisants dans les seules Bouches-du-Rhône. Un plombier des Yvelines gagne en dix mois ce qu’un plombier de l’Aude gagne en seize.
Face au salarié, l’écart est de 40 % et il se paie
Un ouvrier du secteur privé perçoit 2 051 € nets par mois en équivalent temps plein, d’après l’INSEE ; la moitié des salariés français reste sous 2 190 €, un repère que détaille le salaire médian. Les 2 917 € mensuels de l’artisan installé représentent 42 % de plus.
Cet écart achète ce que le bulletin de paie fournit d’office. L’artisan n’a ni congés payés, ni treizième mois, ni assurance chômage, sa retraite complémentaire est plus maigre, et un arrêt maladie coupe la facturation en même temps que le revenu. Le mauvais mois se déduit du bon.
Le métier, lui, pèse peu. Les indépendants classiques du gros œuvre déclarent 34 356 €, ceux des travaux d’installation 35 001 €, ceux de la finition 32 543 € : sept pour cent séparent le maçon du plombier, quand le statut en sépare trois cents. Ce qui vaut aussi pour le couvreur ou le reste de l’artisanat du bâtiment.
Questions fréquentes
Combien faut-il facturer pour se verser 2 000 € par mois ? Environ 5 100 € hors taxes au régime micro, en comptant 30 % de fournitures et 500 € de frais fixes. Soit 61 000 € sur douze mois.
Un plombier auto-entrepreneur peut-il atteindre 3 000 € par mois ? Non, pas dans les règles du régime. Le plafond de 83 600 € par an laisse au mieux 2 900 € mensuels une fois le matériel, les cotisations et les frais retirés.
Faut-il des années d’installation pour atteindre cette moyenne ? Ce montant est une moyenne sur l’ensemble des installés. Quatre comptes auto-entrepreneurs sur dix ne facturent rien du tout dans un trimestre donné.
Le revenu progresse-t-il avec le temps ? Il a gagné 29 % en dix ans pour les indépendants classiques et 67 % pour les auto-entrepreneurs, dont l’activité s’est étoffée. Sur la même période, le nombre d’indépendants classiques du secteur a reculé de 5 %, celui des auto-entrepreneurs a doublé.
Ce que ces chiffres disent ensemble
Ce que gagne un plombier ne dépend presque pas du métier, à peine du département, et énormément du statut. Trois cents pour cent séparent l’auto-entrepreneur de l’artisan au réel, quand sept pour cent séparent le plombier du maçon.
Un seul mécanisme produit ce résultat : le régime micro prélève sur l’encaissement, le régime réel prélève sur ce qui reste. Un métier où le matériel pèse 40 à 45 % de la facture est le pire terrain possible pour un régime qui ne le déduit pas. La moitié de la population indépendante du secteur se retrouve donc mesurée à 878 € par mois. Quant aux 4 000 ou 5 000 € qui circulent, ils décrivent presque toujours un chiffre d’affaires que quelqu’un a pris pour un revenu.