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Combien d'agriculteurs en France, et à quelle vitesse ils disparaissent

Le nombre d'agriculteurs en France dépend de ce qu'on compte : 349 600 exploitations, 496 365 chefs d'exploitation, 406 156 affiliés à la MSA dont 27 000 paysagistes. Les trois périmètres, ce que chacun recouvre, et le rythme réel des fermetures.

Fabien Mauduit 9 min de lecture

Cour de ferme avec un tracteur ancien et des bidons de lait en inox posés contre un mur de pierre

La page du ministère de l’Agriculture qui porte exactement cette question répond 604 000 chefs d’exploitation et 514 800 fermes. La MSA, qui encaisse les cotisations de ces gens, en compte 406 156. Près de 200 000 personnes d’écart entre deux administrations, et personne ne s’est trompé. La première cite l’avant-dernier recensement agricole sans l’avoir jamais retouchée ; la seconde dénombre des cotisants au premier jour de l’année. Selon qu’on compte des fermes, des dirigeants ou des affiliés, le nombre d’agriculteurs en France va de 350 000 à près de 500 000.

  • 349 600 exploitations agricoles en France métropolitaine à la dernière enquête de structure, auxquelles s’ajoutent 23 530 dans les DROM.
  • 496 365 chefs d’exploitation et coexploitants au dernier recensement agricole, en métropole.
  • 406 156 chefs d’exploitation ou d’entreprise affiliés à la MSA, dont 27 088 paysagistes et 8 625 professionnels du cheval.
  • 680 170 équivalents temps plein mobilisés par les fermes, dont 53 % fournis par les exploitants eux-mêmes.
  • 40 000 exploitations de moins en trois ans, soit une qui ferme toutes les quarante minutes.
  • 12 661 installations enregistrées sur la dernière année connue, contre près de 19 300 arrêts.
  • 43 % des exploitants ont 55 ans ou plus, un quart a dépassé 60 ans.
  • Un actif sur quatorze cultivait la terre il y a quarante ans, un sur soixante-sept aujourd’hui.

Trois chiffres circulent, et aucun ne compte la même chose

Ce qu’on compteCombienÀ quelle question ça répondSource
Exploitations349 600combien de fermes existentAgreste
Chefs et coexploitants496 365combien de personnes les dirigentAgreste
Affiliés au régime agricole406 156combien cotisent comme non-salariésMSA
Emploi agricole (ETP)680 170combien de travail elles absorbentAgreste

Une ferme n’est pas une personne. C’est la confusion la plus coûteuse du sujet. Les exploitations sociétaires, 45 % du parc, portent plusieurs associés : un Gaec de trois frères fait une exploitation et trois chefs. Le rapport entre les deux premières lignes tourne autour de 1,4 exploitant par ferme, et il monte avec la taille.

Le dernier chiffre est d’une autre nature. Il additionne du travail, pas des têtes : 680 170 années de travail à temps plein, dont un peu moins de la moitié vient de non-exploitants : salariés permanents, saisonniers, prestataires. Compter les agriculteurs et compter le travail agricole donne deux courbes qui ne descendent pas au même rythme.

La MSA compte aussi les paysagistes et les centres équestres

Le champ MSA ne recouvre pas celui du ministère, et l’écart n’a rien d’une approximation. Pour être affilié comme chef d’exploitation, il faut atteindre la surface minimale d’assujettissement de son département, ou consacrer 1 200 heures par an à l’activité, ou en tirer plus de 800 Smic horaires de revenus.

Le filtre laisse entrer des métiers que personne n’appelle agriculteurs. Les entreprises de jardins, paysagistes et reboisement pèsent 27 088 affiliés, davantage que les éleveurs de porcs et de volailles réunis. S’y ajoutent 8 625 haras, centres d’entraînement et clubs hippiques, 7 755 entreprises de travaux agricoles, 4 106 exploitants forestiers, 1 253 conchyliculteurs, 446 sauniers et 243 scieries fixes.

Retirez ces branches et le régime agricole retombe autour de 356 000 exploitants au sens courant du mot. Cette lecture ne circule jamais : le total brut est repris tel quel.

Une exploitation ferme toutes les quarante minutes

RepèreExploitations en métropoleRecul depuis le relevé précédent
il y a près de quarante ans1 016 800point de départ
il y a vingt-cinq ans663 800−35 %
il y a quinze ans490 000−26 %
dernière enquête349 600−29 %

Quarante mille fermes ont disparu en trois ans. Cela fait 13 300 par an, 36 par jour, une toutes les quarante minutes. Le rythme atteint 3,6 % par an, contre 2,3 % pendant la décennie précédente. La chute ne se répartit pas au hasard : les microexploitations reculent de 9,4 % par an quand les autres tiennent à 1,7 %.

Les terres, elles, ne bougent presque pas. La surface agricole a perdu moins de 1 % en dix ans pendant que le nombre de fermes en perdait un cinquième. Chaque disparition alimente donc l’agrandissement des voisines : la surface moyenne passe de 76 à 93 hectares hors microexploitations, et les fermes de 200 hectares ou plus, une sur dix, concentrent un tiers des terres métropolitaines. On ne perd pas d’hectares, on perd des exploitants.

Le dernier décrochage tient à une règle de la PAC

L’accélération récente n’est pas entièrement une affaire d’économie agricole. La Politique agricole commune réserve désormais ses aides directes aux « agriculteurs actifs », une condition qui vise l’activité minimale et le cumul des aides avec les droits à la retraite au-delà de 67 ans. Plus de 80 % des exploitations touchaient ces aides.

L’effet se lit dans les chiffres. La part des exploitants de 67 ans ou plus tombe de 11 % à 8 % en trois ans, alors qu’elle montait jusque-là. Agreste chiffre à environ 15 000 les cessations de microexploitations qui ne se seraient pas produites sans la réforme, et l’INRAE, qui projetait 360 100 exploitations en prolongeant les tendances, arrive 10 000 unités au-dessus du compte réel.

Plus d’un tiers du décrochage vient donc d’une écriture réglementaire : des retraités qui gardaient quelques hectares ont rendu leur numéro. Aucune vache n’a quitté le pré. Ces fermes-là portaient 4 % de la surface et 7 % du travail agricole.

Deux installations pour trois départs

12 661 chefs d’exploitation se sont installés sur la dernière année publiée par la MSA, en recul de 7,0 % après un point haut à 14 132. Dans le même temps, l’effectif affilié perd 6 610 personnes : l’écart place les arrêts autour de 19 300. Deux entrants pour trois sortants, et le rapport se dégrade.

Les jeunes installés, âgés de 40 ans au plus et éligibles aux aides, sont 8 967 et représentent sept installations sur dix. Les installations tardives, 3 313, reculent plus vite encore. Quatre installés sur dix sont des femmes, et 43,2 % se déclarent pluriactifs contre 30,6 % quinze ans plus tôt : le métier se prend de plus en plus souvent à côté d’un autre.

La surface suit la même logique. Un jeune installé met en valeur 36,6 hectares en moyenne, un installé tardif 22,5, quand la ferme moyenne hors microexploitations en compte 93. La reprise porte donc rarement sur les grandes structures : ce qui se crée à côté fait le tiers de leur taille.

Le lait perd la moitié de ses éleveurs, le paysage double les siens

Sur un peu plus de vingt ans, la MSA a vu fondre 48 000 éleveurs laitiers, presque un sur deux. L’élevage bovin mixte perd 57 % de ses chefs, la viticulture et le bovin viande un peu plus du tiers, les grandes cultures un tiers. Deux catégories font l’inverse : les paysagistes, qui ont plus que doublé, et les métiers du cheval.


Les productions qui résistent le mieux sont celles qui n’ont jamais été soumises à l’agrandissement laitier : ovins et caprins ne cèdent que 11 % de leurs effectifs sur la période.

Un exploitant sur quatre a dépassé 60 ans

L’âge moyen des chefs d’exploitation atteint 51,4 ans, contre 50,2 ans dix ans auparavant. Les 55 ans ou plus forment 43 % des effectifs, sept points de mieux qu’au recensement précédent, et les 60 ans ou plus un quart contre un cinquième. La part des moins de 40 ans, elle, ne bouge pas : elle tient autour de 20 %. Les jeunes arrivent au même rythme qu’avant. Ce sont les anciens qui partent plus tard.

Une exploitation sur deux est dirigée par au moins un senior de 55 ans ou plus. 104 000 fermes, un peu plus du quart du parc et 5,1 millions d’hectares, comptent au moins un exploitant de plus de 60 ans. Interrogés sur leurs trois prochaines années, un tiers d’entre eux disent ne pas savoir ce que deviendra la ferme, un tiers n’envisagent pas de départ, un quart tablent sur une reprise, le plus souvent familiale. Les cultures fruitières et les grandes cultures sont les plus exposées, à 55 % et 54 % de fermes dirigées par un senior ; le maraîchage l’est le moins, à 40 %.

Questions fréquentes

Combien reste-t-il de fermes en France ? 349 600 en métropole et 23 530 dans les DROM, soit un peu plus de 373 000. Un quart d’entre elles sont des microexploitations, dont la production potentielle reste sous 25 000 € par an.

À partir de quand est-on compté comme exploitation agricole ? Un hectare de surface agricole, ou 20 ares de cultures spécialisées, ou une production dépassant un seuil : une vache, six brebis mères. En dessous, l’activité existe mais ne figure dans aucun recensement.

Y a-t-il plus d’agriculteurs ou de salariés agricoles ? Les exploitants restent devant, mais l’écart se resserre. Ils fournissent 53 % du travail des fermes contre 59 % il y a quinze ans, quand les salariés permanents non familiaux passent de 19 % à 24 % et les saisonniers de 11 % à 16 %.

Combien d’agricultrices ? 26,2 % des chefs d’exploitation et coexploitants, une part stable depuis le recensement précédent. Elles sont plus présentes dans les microexploitations, qu’elles dirigent à 35 %, et quatre nouveaux installés sur dix sont des femmes.

Le bon chiffre dépend de la question posée

Le pays compte à peu près autant de chefs d’exploitation que Toulouse compte d’habitants, sur un territoire dont ils cultivent la moitié. C’est ce rapport qui rend le sujet illisible avec un seul nombre : la surface ne bouge pas, le travail baisse lentement, les personnes baissent vite, et la structure juridique se déforme sous les deux. Celui qui cherche à savoir si le métier tient regardera la troisième ligne, deux installations pour trois départs, et l’âge de ceux qui restent. Celui qui cherche à savoir si le pays produit encore regardera les hectares, qui sont toujours là, dans des mains moins nombreuses. Les deux lectures sont vraies, et elles ne racontent pas la même histoire.

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