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Combien de bornes de recharge en France, et où le maillage manque

Le nombre de bornes de recharge en France atteint 200 045 points ouverts au public. Deux organismes officiels les comptent et trouvent un tiers d’écart : voici les deux chiffres, ce que chacun mesure, et la densité réelle par territoire, de 9 à 40 points pour 100 voitures électriques.

Fabien Mauduit 8 min de lecture

Prise de recharge type 2 pendue à son support sur une borne de voirie, câble enroulé, bitume mouillé autour.

Le nombre de bornes de recharge en France est le chiffre le plus repris du sujet, et je regrette que ce soit aussi le plus périssable. Au dernier relevé mensuel de l’Avere-France et du ministère chargé de l’énergie, on compte 200 045 points de recharge ouverts au public en France, répartis sur 55 587 stations. Ce total aura bougé avant six mois. Surtout, il ne répond pas à la seule question qui intéresse un automobiliste : en trouverai-je une là où je roule.

Les rapports, eux, tiennent. 297 points pour 100 000 habitants, 15 points de charge pour 100 voitures électriques, et un écart de 9 à 40 entre grandes villes. Ce sont ces trois-là qui disent où le maillage manque.

  • 200 045 points de recharge ouverts au public, sur 55 587 stations
  • 297 points pour 100 000 habitants, soit un point pour 337 habitants
  • 15 points de charge pour 100 voitures électriques particulières
  • 21 points pour 10 000 habitants en zone urbaine, 16 en zone rurale
  • 4,2 points de charge par station en moyenne
  • 77 % des points plafonnent à 22 kW, en courant alternatif
  • 13 % dépassent 150 kW, soit près de 26 000 points ultra-rapides
  • 14 544 points ajoutés au dernier semestre complet

Deux organismes comptent les bornes, et trouvent un tiers d’écart

Le baromètre de l’Avere-France et du ministère, établi par Gireve, et le répertoire national des infrastructures de recharge exploité par l’INSEE ne donnent pas le même nombre. Sur le même mois de référence, le premier annonçait 169 106 points ouverts au public, le second 126 099. Quarante-trois mille points d’écart. Un tiers de plus d’un côté que de l’autre.

C’est l’écart que j’ai mis le plus de temps à m’expliquer, et aucune des trois causes n’est une erreur. L’INSEE s’arrête à la France métropolitaine quand le baromètre couvre aussi l’outre-mer. La base permanente des équipements supprime les doublons nés des mises à jour successives, ce qui rabote le décompte. Gireve, lui, estime les points existants mais jamais déclarés et les ajoute au sien.

Les aménageurs ont l’obligation de publier les caractéristiques de leurs points de charge sur data.gouv.fr, et l’INSEE écrit pourtant que cette base « peut présenter des incohérences avec la réalité », du fait de déclarations tardives ou de transmissions non conformes. Le chiffre haut décrit l’état du réseau, le chiffre bas sert aux calculs par commune.

La densité par habitant varie du simple au double selon le territoire

La densité nationale s’établit à 297 points pour 100 000 habitants, soit un point de recharge pour 337 habitants. Le découpage de l’INSEE par type de territoire montre l’inégalité que cette moyenne recouvre.

Type de territoirePoints de chargePour 10 000 habitantsPour 100 voitures électriquesPoints par station
Grands centres urbains46 74219245,3
Centres urbains intermédiaires21 47824214,5
Ceintures urbaines14 43222114,2
Petites villes8 91522153,8
Bourgs ruraux18 59118123,4
Rural à habitat dispersé13 9491493,2
Rural à habitat très dispersé1 99212102,9
Ensemble, métropole126 09919154,2

Source : INSEE, répertoire national des infrastructures de recharge, champ métropolitain.

Le rural à habitat très dispersé compte 12 points pour 10 000 habitants, contre 24 dans les centres urbains intermédiaires, du simple au double, et les stations y sont aussi plus petites, 2,9 points contre 5,3 dans les grandes villes, si bien qu’une borne occupée y bloque une part beaucoup plus grande de l’offre locale.

Quinze points de charge pour cent voitures électriques

Rapporté au parc qu’il dessert, le réseau public offre 15 points de charge pour 100 voitures électriques particulières. Un point pour un peu moins de sept voitures. Le carburant liquide donne l’échelle : la France compte environ 10 000 stations-service, contre près de 4 000 stations dotées de bornes ultra-rapides. En zone rurale, l’INSEE relève six stations-service pour une seule station de ce type.

Le rapport monte à 24 pour 100 dans les grands centres urbains et descend à 9 dans le rural à habitat dispersé. Y voir une pénurie serait une erreur de lecture. À la campagne, la maison individuelle permet la recharge au garage et le réseau public sert d’appoint, pour les longs trajets et les véhicules de passage. En ville, c’est autre chose. Près d’un tiers des ménages motorisés n’ont pas de stationnement privé, et poser une borne en habitat collectif se heurte à des obstacles techniques comme juridiques.

De 9 à 40 : le maillage manque là où les voitures électriques sont

Dans les vingt-deux grands centres urbains de plus de 200 000 habitants, la densité rapportée au parc électrique varie de 9 à 40 points pour 100 véhicules. Ce rapport joue à l’envers de l’intuition.

Grand centre urbainPoints pour 100 voitures électriquesPart de l’électrique dans le parc
Grenoble401,4 %
Clermont-Ferrand371,5 %
Dijon321,4 %
Toulouse262,3 %
Paris242,1 %
Lyon171,9 %
Marseille152,6 %
Cannes-Antibes122,9 %
Orléans91,8 %
Ensemble des vingt-deux232,1 %

Source : INSEE et SDES, répertoire des infrastructures croisé au parc automobile.

Les trois agglomérations les mieux dotées (Grenoble, Clermont-Ferrand, Dijon) affichent toutes une part d’électrique de 1,5 % ou moins de leur parc automobile. Celles où l’électrique a le plus percé, Cannes-Antibes et Marseille au-delà de 2,6 %, tombent sous 15 points pour 100 véhicules. L’équipement y a précédé la demande. Ailleurs, il l’a suivie de loin. Ce ratio mesure une offre en retard sur les immatriculations, pas une file d’attente au pied de la borne.

Trois points de recharge sur quatre plafonnent à 22 kW

La puissance décide du temps passé sur place, et le total national la masque entièrement. Le courant alternatif porte plus des trois quarts du réseau : 27 % des points en monophasé jusqu’à 7,4 kW, 50 % en triphasé entre 7,4 et 22 kW. Le courant continu se partage entre 9 % de points rapides, plafonnés à 150 kW, et 13 % d’ultra-rapides au-delà.

La charge ultra-rapide progresse plus vite que le reste : l’INSEE a mesuré 89 % de croissance des points ultra-rapides sur quatorze mois, près de 9 000 points supplémentaires, quand l’ensemble du réseau gagnait 69 %. Plus de 5 000 points dépassent désormais 350 kW.

La puissance disponible dépend aussi du véhicule. Beaucoup de modèles en circulation plafonnent à 40 ou 50 kW en courant continu. Ils chargeront à cette vitesse même branchés sur une borne de 150 kW. Une borne rapide ne rend sa puissance qu’à la voiture capable de l’absorber.

Le réseau ouvert au public pèse moins d’un point de recharge sur dix

Enedis estime le parc total de points de charge du pays à environ 2,4 millions, dont près de 1,3 million chez les particuliers et près de 900 000 sur les parkings d’entreprise. Le réseau ouvert au public en représente moins d’un dixième, et près de neuf recharges sur dix se font à domicile ou sur le lieu de travail, toujours selon Enedis.

Une densité rurale de 9 points pour 100 véhicules ne produit donc pas la crise qu’on lui prêterait. La prise du garage absorbe la demande. Là où le stationnement privé manque, la borne publique devient le seul recours, et les vingt-huit points d’écart entre Grenoble et Cannes-Antibes se paient tous les jours.


Les questions qui reviennent sur les bornes de recharge

Une borne et un point de charge, est-ce la même chose ?

Non. Et la confusion gonfle les chiffres qui circulent. Une station regroupe plusieurs points de charge : 4,2 en moyenne, 5,3 dans les grands centres urbains, 2,9 dans le rural très dispersé. Les 200 045 points se répartissent sur 55 587 stations.

Combien de bornes rapides compte la France ?

22 % des points ouverts au public délivrent du courant continu, dont 13 % au-delà de 150 kW, soit près de 26 000 points ultra-rapides.

Quelles régions comptent le plus de points de charge ?

L’Île-de-France arrive en tête avec 33 830 points, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (24 511) et la Nouvelle-Aquitaine (21 524).

Le rythme d’installation suffit-il ?

Il ralentit. Le dernier semestre complet a ajouté 14 544 points, contre 19 880 sur le semestre correspondant précédent. La cible publique de 400 000 points supposerait d’en installer plus de 22 000 par semestre.

Ce que ces chiffres disent ensemble

Le compteur national suit le marché. Le maillage se lit ailleurs : points pour 10 000 habitants, points pour 100 véhicules électriques, points par station. Ces trois rapports désignent tous le même point faible, et ce n’est pas la campagne.

Là où la maison individuelle domine, la prise du garage fait le travail et neuf points pour cent véhicules suffisent. Dans les villes où un tiers des ménages motorisés n’a pas de place à lui, la borne publique reste le seul recours, et c’est là que le ratio s’effondre. Le réseau s’est construit là où il était facile de le construire, zones commerciales, communes touristiques, parkings de périphérie, et le raccorder aux endroits où la demande existe déjà relève d’un autre exercice, plus cher, et le rythme d’installation s’en ressent déjà.

Dans « Se déplacer, en chiffres »

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