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Déplacements professionnels en voiture en chiffres : qui roule, à quel prix

Les déplacements professionnels en voiture en chiffres : 11 600 km par voiture et par an, deux déplacements par semaine pour les personnes en emploi, 5,9 millions de salariés aux frais réels, et un barème qui couvre les trois quarts du coût réel.

Fabien Mauduit 10 min de lecture

Compteur kilométrique d'une berline garée sur un parking d'entreprise, carnet de bord posé sur le tableau de bord.

J’ouvre le tableau des kilométrages du SDES et je cherche la ligne qui dirait combien de kilomètres se font pour le travail. Elle n’y est pas. Le service statistique du ministère de la Transition écologique compte 11 600 km par an et par voiture particulière, un chiffre en baisse de 10 % en quinze ans, mais il ne sait pas pourquoi la voiture a roulé. Pour les déplacements professionnels en voiture, les chiffres se reconstituent depuis trois autres guichets : l’enquête mobilité des personnes, les déclarations de revenus, et les honoraires que l’Assurance Maladie verse aux soignants libéraux.

Ce qu’ils donnent, mis bout à bout : deux déplacements professionnels par semaine pour une personne en emploi, 5,9 millions de salariés qui déduisent leurs frais réels, et un barème fiscal qui rembourse un kilomètre entre 0,53 € et 0,70 € quand une compacte diesel en coûte 0,62.

  • 11 600 km par an et par voiture particulière, tous motifs confondus (SDES)
  • 2 déplacements professionnels par semaine et par personne en emploi, hors lieu de travail habituel (enquête mobilité des personnes, SDES et INSEE)
  • 13 % des actifs font un déplacement professionnel chaque jour
  • 3,4 millions de voitures au nom d’une personne morale, 8,4 % du parc (SDES)
  • 1,5 million de voitures de fonction, 5,8 % des actifs (Forum Vies Mobiles)
  • 2,17 milliards d’euros d’indemnités de déplacement versés aux infirmiers libéraux sur un exercice (Assurance Maladie)
  • 5,9 millions de salariés aux frais réels, pour 35,3 milliards d’euros déduits (DGFiP)
  • 0,636 € du kilomètre pour une 5 CV au barème fiscal, contre 0,62 € de prix de revient pour une compacte diesel (Automobile Club Association)

Deux déplacements professionnels par semaine, hors du lieu de travail habituel

L’enquête mobilité des personnes, menée par le SDES et l’INSEE auprès de 20 000 ménages, distingue le trajet vers le lieu de travail habituel du déplacement professionnel proprement dit. Les personnes en emploi font 7,3 trajets domicile-travail par semaine, en voiture dans 74 % des cas, seules dans 84 % de ces voitures. Elles ajoutent en moyenne deux déplacements professionnels hebdomadaires hors de leur lieu habituel, et 1,1 voyage professionnel à plus de 80 km par an.

La moyenne trompe, parce que la répartition est inégale : 23 % des actifs font des déplacements professionnels, et 13 % en font chaque jour. Rapporté aux quelque 30 millions de personnes en emploi, cela fait près de 4 millions de personnes pour qui la voiture est un poste de travail quotidien, et 23 millions qui ne roulent que pour venir et repartir.

Sur la longue distance, les motifs professionnels pèsent 70,9 millions de voyages par an, soit 18,9 % du total, avec 1,2 nuitée par voyage contre 5,2 pour un voyage personnel. La voiture y perd sa majorité : d’après l’enquête de suivi de la demande touristique de l’INSEE, 38 % des voyages professionnels se font par la route, contre 70 % des voyages personnels. Le train et l’avion prennent le relais dès que l’employeur paie le billet.

Cinq métiers concentrent l’essentiel des kilomètres professionnels

Les métiers qui roulent se repèrent par ce qui paie le kilomètre : l’employeur, l’Assurance Maladie ou la convention collective. Chaque payeur compte à sa façon, et c’est pour cela que les effectifs ci-dessous ne viennent pas du même guichet.

MétierEffectifCe qui paie le kilomètreSource de l’effectif
Attachés commerciaux438 000employeur : indemnités au barème ou voiture de fonctionenquête emploi INSEE, via France Travail
Représentants auprès des particuliers97 000employeur : indemnités ou voiture de fonctionenquête emploi INSEE, via France Travail
Infirmiers libéraux99 000Assurance Maladie : 2,75 € par visite + 0,35 € / km en plaine, 0,50 € en montagneAssurance Maladie
Masseurs-kinésithérapeutes libéraux89 800Assurance Maladie : 0,38 € / km en plaine, 0,61 € en montagneOrdre des masseurs-kinésithérapeutes
Aides à domicile475 000convention collective : 0,20 à 0,40 € / km selon la brancheDREES
Artisans et livreurs en utilitaire6,6 millions de VUL, 50,8 % aux mains de professionnelsl’entreprise, 12 900 km par an et par utilitaireSDES

Les commerciaux forment le gros bataillon : 438 000 attachés commerciaux et 97 000 représentants auprès des particuliers d’après l’enquête emploi de l’INSEE, reprise par France Travail. Pour eux, le kilomètre se paie en indemnités ou en voiture de fonction, et personne ne l’additionne au niveau national.

Chez les infirmiers libéraux, au contraire, tout est compté. L’Assurance Maladie leur a versé 2,17 milliards d’euros d’indemnités de déplacement au dernier exercice, soit 21 % de leurs 10,3 milliards d’honoraires et 22 000 € par infirmier, forfait de 2,75 € par visite et 0,35 € du kilomètre confondus. Les 475 000 aides à domicile recensées par la DREES vont aussi de domicile en domicile, mais pour 0,20 à 0,40 € du kilomètre selon la convention collective, et moins de 2 % d’entre elles disposent d’une voiture de fonction.

3,4 millions de voitures appartiennent à des professionnels, et elles roulent deux fois plus

Le SDES compte 8,4 % du parc de 40 millions de voitures particulières au nom d’une personne morale, soit 3,4 millions de véhicules. Une étude du ministère de la Transition écologique, menée par enquête auprès des entreprises, n’en trouve que 2,3 millions, plus 600 000 dérivés de voitures particulières à deux places. L’écart vient du fichier des immatriculations : une voiture louée en longue durée y est inscrite au nom du loueur, et le loueur est une personne morale. Selon qu’on compte le propriétaire ou l’utilisateur, le parc professionnel change de taille d’un tiers.

Ces voitures roulent 26 000 km par an en moyenne d’après la même étude, 35 600 km pour les diesels, plus du double d’une voiture de ménage. Elles se renouvellent vite : 52,6 % des voitures neuves immatriculées chaque année le sont par des entreprises, contre 5,5 % des occasions.

Le Forum Vies Mobiles estime à 1,5 million les voitures de fonction, attribuées à 5,8 % des actifs. Elles ne parcourent que 5 200 km par an pour des motifs professionnels, et 70 % de leurs kilomètres sont privés. Trois bénéficiaires sur quatre sont des hommes, un sur deux est cadre.

Ce que coûte un kilomètre : le barème contre le prix de revient

Le barème kilométrique publié par l’administration fiscale rembourse le kilomètre entre 0,529 € pour une 3 CV et 0,697 € pour une 7 CV, jusqu’à 5 000 km par an. Au-delà, la formule combine une part fixe et un taux plus bas : une 5 CV qui fait 20 000 km professionnels touche 8 535 €, soit 0,43 € du kilomètre. Les voitures électriques ont droit à 20 % de plus. Le barème n’a pas bougé aux deux dernières campagnes, après une hausse de 5,4 %.

Puissance fiscaleJusqu’à 5 000 km (€ / km)De 5 001 à 20 000 kmAu-delà de 20 000 km (€ / km)
3 CV et moins0,529d × 0,316 + 1 065 €0,370
4 CV0,606d × 0,340 + 1 330 €0,407
5 CV0,636d × 0,357 + 1 395 €0,427
6 CV0,665d × 0,374 + 1 457 €0,447
7 CV et plus0,697d × 0,394 + 1 515 €0,470

Source : barème publié par l’administration fiscale, d désigne la distance annuelle en kilomètres ; véhicules électriques majorés de 20 %.

En face, l’Automobile Club Association calcule un prix de revient complet, décote et assurance comprises : 0,62 € du kilomètre pour une compacte diesel qui fait 15 900 km par an, 0,78 € pour une citadine essence qui en fait 9 000. Pour ces deux voitures, le barème d’une 5 CV rend 0,45 € et 0,51 € du kilomètre : il couvre les trois quarts du coût de la compacte et les deux tiers de celui de la citadine, parce que la décote de cette dernière se répartit sur peu de kilomètres. Le barème traite mieux les gros rouleurs que les petits.

Côté employeur, l’URSSAF exonère de cotisations l’indemnité kilométrique dans la limite de ce même barème, à condition que le salarié utilise son propre véhicule et justifie les kilomètres.

5,9 millions de salariés déduisent leurs frais réels

Les statistiques de la DGFiP par case de déclaration donnent le compte exact : 4,27 millions de premiers déclarants et 1,54 million de conjoints ont renoncé à l’abattement forfaitaire de 10 % à la dernière campagne de déclaration, soit 5,9 millions de salariés sur 30,4 millions qui déclarent un salaire. Un sur cinq. Le montant déduit atteint 35,3 milliards d’euros, 6 000 € par personne en moyenne.

Le nombre est stable : autour de 4 millions de premiers déclarants depuis vingt ans, avec un seul creux à 3,6 millions l’année des confinements, quand les kilomètres ont manqué. Ce qui varie, c’est le montant, qui a progressé d’un tiers sur la période.

La case ne dit pas ce qu’elle contient. Les frais réels mélangent les kilomètres domicile-travail, les repas, la double résidence et les kilomètres professionnels proprement dits. On sait combien de salariés estiment que leurs frais dépassent 10 % de leur salaire, pas combien de kilomètres ils ont faits pour l’obtenir.

Suivre ses kilomètres : le carnet, le tableur ou l’application

Toutes les administrations qui paient le kilomètre demandent la même preuve : la date, le trajet, le motif, la distance. L’administration fiscale exige de conserver les justificatifs pendant les trois années civiles qui suivent. L’Assurance Maladie contrôle la cohérence des tournées des infirmiers, ordre des patients et horaires compris, et applique un abattement de 2 km à l’aller et au retour en plaine. L’URSSAF réclame la puissance fiscale du véhicule en plus du kilométrage.

Le carnet papier reste la preuve la plus acceptée, et la moins tenue : un relevé reconstitué en fin d’année à partir de l’agenda ne résiste pas à un contrôle qui compare deux dates. Le tableur convient à quelques trajets par mois. Au-delà, les logiciels d’indemnité kilométrique enregistrent chaque trajet au moment où il se fait, calculent le barème selon la puissance et éditent l’état annuel dans le format que le comptable attend. Pour un infirmier qui facture 22 000 € de déplacements par an, l’écart entre un carnet approximatif et un relevé exact se compte en milliers d’euros.



Ce que ces chiffres disent ensemble

Trois payeurs se partagent le kilomètre professionnel et aucun ne lit les comptes des deux autres. L’Assurance Maladie connaît les tournées des infirmiers au kilomètre près, et rien des commerciaux. La DGFiP compte 5,9 millions de salariés et 35 milliards d’euros de frais réels, sans distinguer le trajet du matin de la tournée de l’après-midi. Au SDES, on a le kilométrage de chaque voiture, pas le motif.

Ce qui ressort malgré tout : la voiture professionnelle est concentrée sur 13 % des actifs, elle roule deux fois plus qu’une voiture de ménage, et le barème qui la rembourse couvre les trois quarts du prix de revient d’un gros rouleur, les deux tiers de celui d’un petit. Le total national des kilomètres professionnels, lui, se calcule à la main, en croisant ces trois guichets, et j’ai plus confiance dans l’ordre de grandeur que dans la troisième décimale.

Dans « Se déplacer, en chiffres »

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