Ouvrez la carte grise de votre voiture et regardez la case B, celle de la première immatriculation. L’écart entre cette date et aujourd’hui, c’est exactement ce que le statisticien appelle l’âge du véhicule : sa moyenne sur les 40,0 millions de voitures en circulation dans le pays s’établit à 11,8 ans, selon le service statistique du ministère de la Transition écologique.
Elle en gagne près de cinq mois d’un relevé au suivant. Au début de la série, elle en prenait moins de deux.
- 11,8 ans d’âge moyen sur l’ensemble des voitures particulières en circulation
- 9,0 ans au premier relevé de la série, soit 2,8 ans de plus en quinze mesures
- Plus de la moitié du parc a passé les dix ans de service
- 20,0 ans à la casse en moyenne, et 23,9 ans pour le quart le plus vieux
- 46,1 % des voitures roulent au diesel thermique, contre 3,5 % à l’électricité
- 12,5 ans de moyenne dans l’Union européenne, contre 11,2 pour la France au même relevé
- 11 600 km parcourus par voiture et par an, en recul de 10,0 % sur la série
- 1,665 million de voitures neuves immatriculées, un quart de moins qu’avant la crise sanitaire
Une voiture sans contrôle technique valide ne compte pas dans la moyenne
Le SDES ne compte pas les cartes grises. Il compte les voitures qui roulent, et il pose trois conditions pour en retenir une. La voiture doit être immatriculée au système d’immatriculation des véhicules. Aucune sortie ne doit avoir été déclarée à l’ANTS : destruction, vente à l’étranger, véhicule accidenté, voiture en attente chez un concessionnaire. Et elle doit être à jour de son contrôle technique, ou en retard modéré, la tolérance étant fixée à 18 mois pour la première visite et 12 mois pour les suivantes.
Cette troisième condition est celle qui pèse sur l’âge moyen des voitures en France, et personne ne la voit. Un fichier d’immatriculations ne radie rien tout seul : la voiture oubliée dans une grange y reste inscrite jusqu’à la fin des temps, et elle y vieillit d’un an par an. Le contrôle technique la fait sortir du parc. La moyenne publiée est donc celle des voitures qui passent encore leur visite, pas celle des tôles qui existent quelque part.
Sur ce parc ainsi défini, 8,4 % des voitures appartiennent à des professionnels.
Le vieillissement a doublé de vitesse depuis le palier
La série part de 9,0 ans. Elle progresse doucement, se bloque à 10,2 ans pendant trois relevés consécutifs, puis repart et ne s’arrête plus : 10,3, puis 10,5, 10,8, 11,1, 11,4, et 11,8 ans.
Le rythme dit mieux que le niveau ce qui se joue. Un parc auquel on n’ajouterait plus aucune voiture neuve vieillirait mécaniquement d’un an par an : chaque véhicule prend un anniversaire, et rien de jeune n’entre pour compenser. Le parc français en prend près de cinq mois. Autrement dit, les immatriculations neuves et les départs à la casse ne rachètent plus que sept mois sur douze, là où ils en rachetaient dix au début de la série.
Le mécanisme de rajeunissement du parc tourne donc à moitié régime.
Le neuf s’est vendu un quart de moins, l’occasion a pris la place
Le pays a immatriculé 1,665 million de voitures neuves sur les douze derniers mois mesurés, en recul de 5,2 %. Le niveau reste inférieur de 26,3 % à celui d’avant la crise sanitaire, quand les concessions écoulaient un peu plus de 2,2 millions d’unités par an. Un demi-million de voitures neuves manque à l’appel chaque année, et ce sont autant de véhicules de zéro an qui n’entrent pas dans le calcul de la moyenne.
L’occasion, elle, ne bouge pas : 5,5 millions de transactions, soit 76,9 % des achats de voitures, plus de trois véhicules d’occasion vendus pour un neuf. Une voiture d’occasion vendue affiche elle-même 11,1 ans de moyenne, cinq mois de plus qu’au relevé précédent.
L’écart de prix explique le glissement sans qu’on ait besoin d’une théorie : environ 36 700 € pour une voiture neuve, 20 600 € pour une occasion. Le statisticien public le formule à sa manière : le parc augmente malgré la baisse des immatriculations, du fait d’une « progression sensible de la durée d’usage ».
Le diesel thermique tient encore la moitié du parc, et c’est lui qui vieillit
| Motorisation | Part du parc | Voitures |
|---|---|---|
| Diesel thermique | 46,1 % | 18 438 000 |
| Essence thermique | 39,9 % | 15 961 000 |
| Essence hybride non rechargeable | 7,0 % | 2 788 000 |
| Électricité et hydrogène | 3,5 % | 1 414 000 |
| Hybride rechargeable | 2,0 % | 793 000 |
| Bicarburation essence-GPL | 1,0 % | 381 000 |
| Diesel hybride non rechargeable | 0,5 % | 188 000 |
Les motorisations récentes n’ont pas encore la masse nécessaire pour tirer la moyenne vers le bas. L’électrique et l’hybride rechargeable réunis pèsent 5,5 % du parc, quand les 18,4 millions de diesels thermiques en font huit fois plus à eux seuls. Toute la production électrique d’une année entière déplace la moyenne d’âge de quelques semaines.
Le renouvellement se lit mieux sur les vignettes : les voitures classées Crit’Air 3 ou au-delà représentent 24,3 % du parc, contre 26,5 % au relevé précédent. Deux points par an, sur un parc dont la moitié a plus de dix ans.
Un diesel part à la casse deux ans plus tôt qu’une essence, avec 77 000 km de plus
L’âge moyen des voitures cédées pour destruction à un professionnel est de 20,0 ans, après 19,9 et 19,6 ans aux deux relevés précédents. La distribution est large : un quart des voitures détruites ont moins de 16,2 ans, la moitié dépassent 19,9 ans, et le quart le plus vieux part au-delà de 23,9 ans.
Le carburant sépare nettement les deux populations. Un diesel est détruit à 19,4 ans, une essence à 21,5 ans. Mais le compteur relevé au dernier contrôle technique inverse le classement : 239 000 km pour un diesel contre 162 000 km pour une essence, soit 77 000 km d’écart. Le diesel meurt plus jeune et beaucoup plus usé, ce qui est la définition même d’un véhicule acheté pour rouler.
Toutes motorisations confondues, une voiture de cinq ans et plus part à la casse avec 212 000 km au compteur.
La France roule plus jeune que ses voisins, et l’écart tient à un an et demi
Le relevé européen des constructeurs automobiles photographie tous les pays à la même date. Ce cliché est antérieur à la dernière publication française : il se lit en rangs et en écarts, pas en niveau absolu.
| Pays | Âge moyen | Parc de plus de dix ans |
|---|---|---|
| Luxembourg | 8,0 ans | 27,2 % |
| Allemagne | 10,3 ans | 46,3 % |
| France | 11,2 ans | 53,4 % |
| Irlande | 12,0 ans | 40,1 % |
| Union européenne | 12,5 ans | 57,4 % |
| Italie | 12,8 ans | 59,0 % |
| Espagne | 14,2 ans | 62,9 % |
| Grèce | 17,5 ans | 80,3 % |
La France est le septième pays le plus jeune des vingt-cinq États membres dont l’âge est publié, un an et trois mois sous la moyenne. Sur les 249 millions de voitures européennes, 57,4 % ont dépassé dix ans.
Les deux colonnes ne se rangent pas dans le même ordre. L’Irlande vieillit davantage que la France avec treize points de vieilles voitures en moins : son parc est coupé en deux, beaucoup de véhicules jeunes et un noyau très ancien. Une moyenne d’âge donne le centre de gravité d’un parc, jamais sa forme.
Questions fréquentes
À quel âge une voiture part-elle à la casse ? À 20,0 ans en moyenne, mais l’étalement est considérable : un quart des véhicules détruits ont moins de 16,2 ans, un quart dépassent 23,9 ans.
Le parc français est-il le plus vieux d’Europe ? Non, et il n’en est même pas proche. Sept pays de l’Union roulent plus jeune que la France, et la Grèce affiche 17,5 ans contre 11,2 au même relevé.
Une voiture qui ne roule plus est-elle comptée ? Non, dès lors que son contrôle technique n’est plus valide au-delà de la tolérance retenue. Le fichier des cartes grises, lui, la garde.
Combien de kilomètres une voiture parcourt-elle par an ? Comptez 11 600 km en moyenne, en recul de 1,0 % sur les douze derniers mois et de 7,3 % par rapport au niveau d’avant la crise sanitaire.
Ce que ces chiffres disent ensemble
Un parc qui vieillit de cinq mois par an pendant que le kilométrage annuel recule de 10,0 % décrit un objet dont l’usage change de nature. La voiture reste, elle sert moins, et on la remplace plus tard. On appelle ça sobrement, au ministère, une progression de la durée d’usage. Elle vaut deux ans et dix mois d’âge moyen de plus depuis le début de la série, et c’est elle qui explique que le parc de 40,0 millions de véhicules continue de grossir pendant que les immatriculations neuves reculent.
Surveillez le rythme plutôt que le niveau. Tant que le renouvellement rachète sept mois sur douze, la moyenne monte, et les 24,3 % de voitures classées Crit’Air 3 ou au-delà mettront une décennie de plus à quitter les routes.