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Combien de bénéficiaires du RSA en France, et qui ce mot recouvre

1,85 million de foyers perçoivent le RSA, et la prestation couvre 3,61 millions de personnes. Voici d'où vient l'écart entre les deux chiffres, ce que chacun compte, et pourquoi un tiers des foyers qui y ont droit ne le touchent pas.

Fabien Mauduit 8 min de lecture

Un formulaire de déclaration de ressources posé sur une table, à côté d'une calculatrice et d'un relevé plié.

1,85 million de foyers perçoivent le revenu de solidarité active. La prestation couvre 3,61 millions de personnes.

Les deux chiffres sont exacts et ils circulent sous le même mot, bénéficiaire. Le premier compte des dossiers, le second des têtes. Selon celui qu’on retient, le nombre de personnes au RSA en France double presque. J’ai passé assez d’années à servir des effectifs pour savoir que l’écart ne vient jamais du hasard : il vient du champ.

  • 1,85 million de foyers allocataires, en moyenne sur le dernier trimestre estimé par la Cnaf
  • 3,61 millions de personnes couvertes, conjoints et enfants à charge compris
  • 5,2 % de la population, soit un habitant sur dix-neuf
  • 563 euros de RSA versés en moyenne par mois et par foyer
  • 12,3 milliards d’euros versés sur les douze derniers mois
  • 57 % des foyers allocataires sont une personne seule sans enfant à charge
  • 33 % à 37 % des foyers qui y ont droit ne perçoivent pas la prestation
  • 98,6 % des bénéficiaires relèvent des caisses d’allocations familiales

Un allocataire ne veut pas dire une personne

Le RSA est une prestation familialisée : le droit s’ouvre au nom d’un foyer, pas d’un individu. Sur le dernier trimestre pour lequel la Cnaf publie des données définitives, la prestation est attribuée à 1,80 million d’allocataires, mais elle bénéficie aussi à 194 000 conjoints et à 1,56 million d’enfants ou d’autres personnes à charge. Total : 3,56 millions de personnes, un peu moins de deux par dossier.

Le rapport entre les deux ne tient pas en place. À nombre de foyers stable sur un an, le nombre de conjoints couverts recule de 3,4 % et celui des enfants de 2,2 %. Autrement dit, un article qui reprend l’effectif d’allocataires d’un exercice et le nombre de personnes couvertes d’un autre calcule un rapport qui n’existe pas.

L’ordre de grandeur, lui, tient : la Cnaf rapproche elle-même ses 3,6 millions de personnes couvertes des 9,8 millions de personnes que l’Insee compte sous le seuil de pauvreté monétaire. La prestation en touche un tiers.

Six foyers allocataires sur dix n’ont pas d’enfant à charge

La personne seule sans charge de famille domine largement les effectifs, et c’est elle qui tire vers le bas le rapport entre allocataires et personnes couvertes.

Composition du foyerFoyers allocatairesPart
Seul, sans enfant à charge1 051 70057,2 %
Seul, avec 1 enfant253 50013,8 %
Seul, avec 2 enfants177 1009,6 %
Seul, avec 3 enfants ou plus160 6008,7 %
En couple, avec enfant(s)155 0008,4 %
En couple, sans enfant41 2002,2 %

Neuf allocataires sur dix vivent donc sans conjoint. Ils perçoivent 548 euros par mois, contre 691 euros pour les foyers en couple, soit 143 euros d’écart qui s’expliquent par le montant forfaitaire, plus élevé dès qu’une seconde personne entre dans le foyer. Un foyer sur neuf touche par ailleurs le RSA majoré, réservé aux personnes qui élèvent seules un enfant né ou à naître : 206 700 dossiers.

Un foyer au RSA couvre 1,53 personne à Paris, 2,95 en Guyane

Ce rapport ne figure dans aucun tableau publié. Je l’ai calculé sur le fichier départemental des caisses d’allocations familiales, en divisant les personnes couvertes par les foyers allocataires.

DépartementPersonnes couvertes par foyer
Paris1,53
Martinique1,71
Finistère1,76
Loire2,21
La Réunion2,24
Mayotte2,47
Guyane2,95

La cause est entièrement démographique. À Paris, 76,6 % des foyers au RSA sont des personnes seules sans enfant, contre 57,2 % sur l’ensemble du territoire : un dossier y couvre une tête et demie. En Guyane, un quart des foyers allocataires sont des parents isolés avec au moins trois enfants, et le même dossier couvre presque trois personnes.

En volume, le classement se lit autrement. Le Nord arrive en tête avec 93 778 foyers, devant La Réunion (90 835) et la Seine-Saint-Denis (84 590). Rapportés à la population recensée par l’Insee, ces effectifs donnent 102 foyers allocataires pour 1 000 habitants à La Réunion, 50 en Seine-Saint-Denis, 36 dans le Nord et 31 à Paris.

Un tiers des foyers qui y ont droit ne le perçoivent pas

Cette prestation est quérable : il faut le demander. La Drees a mesuré l’écart entre les foyers éligibles et ceux qui touchent effectivement la prestation, en appariant l’enquête sur les revenus fiscaux et sociaux avec le fichier mensuel des ressources. Sur 1,51 million de foyers éligibles, 940 000 perçoivent le RSA et 560 000 ne le perçoivent pas, soit environ un million de personnes. Le taux de non-recours s’établit entre 33 % et 37 %.

Le champ de cette mesure est étroit : France métropolitaine, ménages vivant en logement ordinaire, foyers dont les conditions d’éligibilité sont observables dans l’enquête. Les 940 000 recourants qu’elle repère ne sont donc pas les 1,85 million d’allocataires du comptage administratif, et les deux chiffres ne se soustraient pas.

Parmi les foyers qui ne demandent rien, 41 % auraient droit à 400 euros ou plus par mois et par unité de consommation. Si tous faisaient valoir leurs droits, 345 000 ménages pauvres gagneraient en moyenne 280 euros par mois, et 58 000 d’entre eux passeraient au-dessus du seuil de pauvreté.

563 euros par mois et par foyer, 12,3 milliards sur l’année

Les caisses ont versé 3,12 milliards d’euros au titre du dernier trimestre, et 12,3 milliards sur douze mois glissants. Ramené à la population, le RSA coûte environ 178 euros par habitant et par an.

Le montant moyen par foyer atteint 563 euros mensuels, en progression de 8 euros sur un an. Cette moyenne se tient sous le barème, parce que le RSA est différentiel : il complète les ressources du foyer jusqu’à un montant forfaitaire, dont on retranche les revenus d’activité, les prestations familiales et un forfait logement. Le montant forfaitaire de base, revalorisé chaque année au 1er avril selon l’inflation, s’élève à 651,69 euros pour une personne seule.



Une part croissante des allocataires travaille : 495 000 foyers cumulent RSA et prime d’activité, soit 27 % du total, et leur nombre progresse de 14 % en un an.

Près de 300 000 foyers sortent du RSA chaque trimestre

Le stock bouge peu, les flux beaucoup. Sur le dernier trimestre définitif, 264 000 foyers sont entrés dans le dispositif et 294 000 en sont sortis, soit un solde de moins 30 000. Un tiers des entrées seulement correspondent à une première demande.

Près des deux tiers des sorties, 182 600 exactement, tiennent à une hausse des ressources du foyer. L’absence de déclaration trimestrielle en provoque 36 700, soit 12 %, et les décisions des conseils départementaux 6 900, soit 2 %.

La rotation est forte, l’ancienneté aussi : 49 % des allocataires sont au RSA depuis cinq ans au moins, et 450 000 foyers, un quart du total, depuis dix ans ou plus.

Questions fréquentes sur le nombre de personnes au RSA

Combien de personnes touchent le RSA en France ? 1,85 million de foyers le perçoivent, et 3,61 millions de personnes vivent dans ces foyers. Le premier chiffre répond à « combien de dossiers », le second à « combien de gens ».

Qui verse le RSA ? Les caisses d’allocations familiales, qui couvrent 98,6 % des bénéficiaires et des dépenses tous régimes, et la Mutualité sociale agricole pour les ressortissants du régime agricole.

Combien de jeunes perçoivent le RSA ? Les foyers dont le responsable de dossier a moins de 25 ans sont 66 000, soit 3,6 % du total, et leur nombre baisse de 2,7 % sur un an. Le RSA jeune actif proprement dit, ouvert sous condition de 3 214 heures travaillées, ne concerne que 770 foyers.

Le nombre de bénéficiaires augmente-t-il ? Il progresse de 1,7 % sur un an, après plusieurs trimestres de recul. Les personnes seules sans enfant portent la hausse, avec 2,5 % de plus chez les hommes et 3,4 % chez les femmes, tandis que les couples reculent de 1,2 %.

Ce que ces chiffres disent ensemble

Trois grandeurs cohabitent sous le même mot, et elles ne se recouvrent jamais. Le comptage administratif dénombre 1,85 million de foyers, 3,61 millions de personnes vivent dedans, et 560 000 foyers de plus y auraient droit sans le demander. La dernière est la plus intéressante : elle signifie que le nombre publié chaque trimestre mesure autant la capacité d’un dispositif à se faire connaître que l’étendue réelle de la pauvreté.

Le reste est affaire de composition. Le même droit, avec les mêmes règles, couvre deux fois plus de têtes en Guyane qu’à Paris. C’est la structure des familles qui parle, pas le barème, et c’est pourquoi un effectif national ne dit presque rien de ce qu’on trouve dans un département donné.

Dans « L'argent des Français »

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