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Combien de retraités en France, et pour quelle pension

Le nombre de retraités en France dépasse 17 millions, et six montants différents portent le nom de pension moyenne. Voici lequel répond à quelle question, et la médiane que personne ne publie.

Fabien Mauduit Publié le 15 août 2026 10 min de lecture

Un carnet de comptes ouvert sur une table, un stylo posé en travers d'une colonne de chiffres.

Le regret, quand on a passé sa carrière dans des tableaux, c’est d’avoir servi tant de moyennes sans jamais poser la médiane à côté. La France compte 17,2 millions de bénéficiaires d’une pension de droit direct, et leur pension moyenne, la seule grandeur que la DREES republie chaque année, s’établit à 1 666 euros bruts par mois. Ce montant est exact. Il ne décrit à peu près personne.

  • 17,2 millions de retraités de droit direct, dont 16,3 millions vivant en France
  • 4,4 millions de bénéficiaires d’une pension de réversion, dont 884 000 sans retraite personnelle
  • 53 % de femmes parmi les retraités de droit direct, contre 50,8 % vingt ans plus tôt
  • 1 666 euros bruts de pension moyenne de droit direct, soit 1 541 euros nets
  • Environ 1 500 euros bruts pour la médiane, une fois reconstituée
  • 38 % d’écart entre la pension des femmes et celle des hommes, 25 % après réversion
  • 370 milliards d’euros de pensions versées chaque année, soit 13,1 % du produit intérieur brut
  • 723 020 allocataires du minimum vieillesse

Ce que compte, au juste, le nombre de retraités en France

Les 17,2 millions désignent les personnes qui ont acquis des droits par leurs propres cotisations, vivantes en fin d’exercice, où qu’elles résident. Retirez les 900 000 qui vivent hors de France et il reste 16,3 millions. Ajoutez les 884 000 veufs et veuves qui ne touchent qu’une réversion et vous dépassez 18 millions. Les trois chiffres sont justes ; ils ne répondent pas à la même question.

L’effectif progresse de 175 000 personnes par an, un rythme deux fois moins rapide que celui des années où les premières générations d’après-guerre sont parties. En face, on compte 1,77 personne en emploi par retraité, contre 2,02 vingt ans plus tôt.

Les régimes servent 39,5 millions de pensions pour ces 17,2 millions de personnes : 2,3 pensions par tête en moyenne, parce qu’un salarié du privé cumule presque toujours une retraite de base et une complémentaire. Un quart des retraités sont polypensionnés, c’est-à-dire affiliés à plusieurs régimes de base au cours de leur carrière. Additionner les effectifs de la CNAV, de la MSA et de la fonction publique reviendrait donc à compter certaines personnes deux fois.

Six montants portent le nom de « pension moyenne »

Aucun n’est faux. Ils s’échelonnent pourtant sur près de 300 euros, et l’écart tient entièrement au champ retenu : qui on compte, ce qu’on ajoute, et si l’on retire les prélèvements sociaux.

Ce que le montant recouvreEuros bruts par mois
Droit direct seul, sans la majoration pour trois enfants, résidents1 620
Droit direct, majoration comprise, résidents1 666
Droit direct, majoration comprise, résidents et expatriés1 607
Droit direct, majoration comprise, net des prélèvements1 541
Droit direct et réversion, résidents1 827
Droit direct et réversion, net des prélèvements1 692

Les retraités installés à l’étranger tirent la moyenne vers le bas : une partie de leur carrière s’est déroulée hors des régimes français, ils y ont donc accumulé moins de droits. La réversion, elle, la tire vers le haut de 161 euros.

L’exercice suivant porte la première ligne du tableau à 1 705 euros et l’effectif à 17,3 millions. Confronter ce montant aux autres reviendrait à comparer deux dates et deux champs d’un coup, ce qui est la manière la plus courante de se tromper de 200 euros sur ce sujet.

Un retraité sur deux perçoit moins de 1 500 euros bruts

La DREES publie la moyenne tous les ans et la médiane jamais. Elle publie en revanche la distribution complète, par tranche de 100 euros, tirée de son échantillon interrégimes. La médiane s’y reconstitue par interpolation : le calcul retrouve les 34 % de retraités sous 1 000 euros bruts que l’organisme annonce par ailleurs.

Sur la dernière distribution disponible, la médiane du droit direct s’établit à 1 380 euros bruts pour une moyenne de 1 532 euros au même moment : 152 euros d’écart. Rapporté au dernier montant moyen publié, cela place la médiane autour de 1 500 euros bruts.

La distribution explique le décalage. Un tiers des retraités perçoivent 1 000 euros bruts ou moins. À l’autre bout, 8 % dépassent 3 000 euros et 1 % franchissent 5 150 euros, avec une moyenne de 6 470 euros dans ce dernier centile, dont 93 % d’hommes. Quelques dizaines de milliers de dossiers déplacent ainsi la moyenne de tout le monde.



L’écart entre femmes et hommes s’élargit quand on quitte la moyenne

Les femmes perçoivent 1 306 euros bruts de droit direct, les hommes 2 089 : un écart de 38 %. Il était de 50 % vingt ans plus tôt, et il tient à l’allongement des carrières féminines plus qu’à une mesure corrective.

La médiane raconte autre chose. Reconstituée sur la même distribution, elle donne environ 1 010 euros pour les femmes et 1 750 euros pour les hommes : 42 % d’écart, deux points de plus qu’entre les deux moyennes relevées au même moment. Chez les hommes, les très hautes pensions gonflent l’agrégat et masquent le milieu réel de la distribution. Une femme retraitée sur deux vit sous le seuil de 1 000 euros bruts ; un homme sur sept.

La réversion referme une partie de la brèche : 87 % de ses 4,4 millions de bénéficiaires sont des femmes. Elle pèse 18 % de la pension totale d’une retraitée et 1 % de celle d’un retraité. Une fois ajoutée, l’écart tombe à 25 %. Les femmes partent aussi plus tard, à 63 ans et 1 mois contre 62 ans et 5 mois, faute de la durée d’assurance requise.

734 euros au régime général ne sont pas la retraite d’un salarié du privé

C’est ce que le régime général verse en moyenne, et cela ne couvre que la retraite de base. Le même retraité touche une complémentaire Agirc-Arrco, dont la pension moyenne s’élève à 527 euros. Publier la première sans la seconde reste l’erreur la plus répandue du sujet.

Le montant qui décrit vraiment une carrière est celui de la pension de droit direct totale, classée selon le régime où la personne a passé plus de la moitié de sa vie active.

Carrière effectuée principalement àEuros bruts par mois
MSA non-salariés (exploitants agricoles)910
Régime général1 530
CNRACL (collectivités et hôpitaux)1 760
Fonction publique d’État, personnels civils2 440
Régimes spéciaux2 580
Professions libérales2 740

L’écart de 1 à 3 entre la première ligne et la dernière ne mesure pas la générosité des régimes : il reflète les salaires et les revenus sur lesquels on a cotisé. Les carrières complètes resserrent nettement l’éventail, avec une pension moyenne de 2 000 euros bruts contre 1 670 pour l’ensemble.

Les retraités sont moins pauvres que le reste de la population

Le niveau de vie médian des retraités atteint 2 030 euros par mois, soit exactement celui de l’ensemble de la population. Leur pension reste inférieure aux revenus d’activité, mais leurs ménages sont plus petits et n’ont plus d’enfant à charge, ce qui compense presque entièrement le manque à gagner. Leur taux de pauvreté ressort à 10,0 %, contre 14,4 % en population générale.

L’écart s’accentue si l’on compte l’avantage d’occuper un logement dont on est propriétaire. Sept ménages de retraités sur dix le sont, contre 57 % de l’ensemble des ménages, et cette valorisation place leur niveau de vie médian 9,5 % au-dessus de la population totale.

La géographie des pensions, elle, est plate partout sauf en Île-de-France : la pension moyenne dépasse la moyenne nationale de 39 % à Paris et de 36 % dans les Hauts-de-Seine, quand elle varie de quelques points d’un département de province à l’autre. À l’autre extrémité, 723 020 personnes touchent le minimum vieillesse, un effectif qui progresse de 4,6 % en un an après dix années de recul.

Questions fréquentes

Combien de retraités en France en pourcentage de la population ? Environ un quart, si l’on retient les 17,2 millions de droit direct sur 68 millions d’habitants. Les retraités de plus de 55 ans comptent pour 27 % des personnes de 15 ans ou plus, avec de forts écarts locaux : 18 % en Seine-Saint-Denis, plus de 26 % dans l’ouest et le sud.

Combien de personnes partent à la retraite chaque année ? Ils sont 718 000 à avoir liquidé une première pension lors du dernier exercice connu, soit 7 % de moins que l’année précédente. L’âge moyen de départ s’établit à 62 ans et 9 mois, en hausse de 2 ans et 3 mois sur une quinzaine d’années.

Combien coûtent les retraites ? 370 milliards d’euros par an, soit 13,1 % du produit intérieur brut et 41,6 % de l’ensemble des prestations de protection sociale. C’est le premier poste de dépense sociale du pays.

La pension moyenne augmente-t-elle ? En euros courants, oui, sous l’effet des revalorisations. Corrigée de l’inflation, elle a reculé de 2,0 % sur les six dernières années observées, les revalorisations étant restées sous l’inflation.

Ce que ces chiffres disent ensemble

Un système de retraite se juge mal sur une moyenne. Celle-ci est portée par un centile qui touche 6 470 euros par mois et masque un tiers d’effectifs sous 1 000 euros ; elle change de 300 euros selon qu’on inclut la réversion, les expatriés ou les prélèvements sociaux. La distribution, elle, tient en trois nombres : un tiers en dessous de 1 000 euros, une moitié en dessous de 1 500, 8 % au-dessus de 3 000.

L’écart entre la moyenne et la médiane, environ 150 euros, en dit plus long que l’un ou l’autre pris seul. Il mesure de combien une poignée de très hautes pensions déforme l’image du retraité français, et il indique lequel des deux chiffres citer selon ce qu’on cherche à montrer.