On vous répondra 621 803, et ce n’est pas faux. C’est le nombre d’entreprises du bâtiment de dix salariés au plus enregistrées dans le répertoire SIRENE, celui que la CAPEB place en tête de ses chiffres clés. L’objection vient aussitôt : une entreprise n’est pas un artisan, et près de trois sur quatre n’emploient personne. Refaites le compte avec un autre périmètre, vous tombez sur 478 000. Avec celui de la Fédération française du bâtiment, sur 412 500. Même pays, même moment, trois nombres. L’écart ne vient d’aucune erreur de comptage. Il vient de ce que chaque organisme accepte d’appeler un artisan du bâtiment, et les trois périmètres se défendent.
Les chiffres à retenir
- 621 803 entreprises du bâtiment de dix salariés au plus, soit 97 % des entreprises du secteur
- 457 650 d’entre elles n’ont aucun salarié
- 200 386 relèvent du régime de la micro-entreprise
- 165 760 entreprises en maçonnerie et carrelage, la première famille de métiers
- 22 674 en serrurerie et métallerie, la dernière
- 518 599 salariés dans ces entreprises, 45 % de l’emploi salarié du bâtiment
- 61 254 apprentis formés, soit 70 % des apprentis du secteur
- une entreprise artisanale du bâtiment pour 110 habitants
Sept familles de métiers, de la maçonnerie à la serrurerie
| Corps d’état | Entreprises de 0 à 10 salariés | Part | Salariés par entreprise |
|---|---|---|---|
| Maçonnerie, carrelage | 165 760 | 27 % | 0,97 |
| Peinture, vitrerie, revêtements | 129 555 | 21 % | 0,61 |
| Couverture, plomberie, chauffage | 103 482 | 16 % | 1,02 |
| Équipement électrique | 81 553 | 13 % | 0,75 |
| Charpente, menuiserie, agencement | 74 506 | 12 % | 0,93 |
| Plâtrerie, isolation | 44 273 | 7 % | 0,83 |
| Serrurerie, métallerie | 22 674 | 4 % | 1,23 |
Le classement se lit d’un trait : le gros œuvre pèse 27 % des entreprises, tout le reste relève du second œuvre. La colonne de droite est la plus instructive. Aucune famille n’atteint deux salariés par entreprise, et la peinture descend à 0,61 : dans ce métier, l’entreprise moyenne est un homme seul, et il faut trois structures pour porter deux emplois salariés. La serrurerie-métallerie, à 1,23, tient l’autre bout. L’atelier et la machine imposent un minimum d’organisation qu’un chantier de peinture n’exige pas.
La CAPEB tient une huitième famille, les métiers de la pierre, 7 308 entreprises. Elle la laisse hors du total : la taille de pierre et les services funéraires ne sont pas des activités de chantier.
Le détail par métier : plombiers, couvreurs, carreleurs, plaquistes
| Activité | Entreprises de 0 à 10 salariés |
|---|---|
| Maçonnerie générale et gros œuvre | 116 124 |
| Installation électrique | 81 553 |
| Peinture et vitrerie | 77 461 |
| Menuiserie bois et PVC | 58 779 |
| Installation d’eau et de gaz | 49 853 |
| Plâtrerie | 36 982 |
| Construction de maisons individuelles | 32 095 |
| Revêtement des sols et des murs | 31 697 |
| Équipements thermiques et climatisation | 24 859 |
| Couverture par éléments | 22 591 |
| Menuiserie métallique et serrurerie | 17 913 |
| Charpente | 12 305 |
Un carreleur ne se compte pas : il apparaît sous « revêtement des sols et des murs », avec les soliers et les moquettistes. Un plaquiste non plus, il est dans la plâtrerie. La nomenclature classe des entreprises selon ce qu’elles facturent, pas des métiers. D’où ces libellés qui ne correspondent à aucune carte de visite. Les 22 591 entreprises de couverture par éléments sont les couvreurs au sens strict, zingueurs compris ; l’étanchéité compte à part, 6 179 unités. Deux lignes échappent à ce flou. L’installation électrique forme à elle seule une sous-classe, ce qui rend l’effectif des électriciens lisible ; l’installation d’eau et de gaz fait de même pour le compte des plombiers.
Pourquoi le nombre d’artisans du bâtiment varie de 400 000 à 620 000
Les trois chiffres qui circulent ne se contredisent pas. Ils comptent trois choses.
621 803 est un décompte brut de SIRENE : toute entreprise de dix salariés au plus dont le code d’activité relève du bâtiment, qu’elle facture ou non. Les 200 386 micro-entreprises y figurent, y compris celles qui déclarent quelques milliers d’euros par an en complément d’un salaire.
478 000 est le compte des Chambres de métiers, celui des entreprises effectivement inscrites au répertoire des métiers pour une activité du bâtiment. Le bâtiment y représente près de quatre entreprises artisanales sur dix, tous secteurs confondus.
412 500 est l’estimation de la Fédération française du bâtiment, qui ne retient que 46 400 micro-entrepreneurs, ceux dont l’activité de chantier est réelle et principale. L’écart avec le premier chiffre tient là, presque entièrement.
Le nombre juste dépend donc de la question. Combien de professionnels peuvent intervenir chez vous : plutôt 412 500. Combien d’unités portent un code du bâtiment : 621 803.
Une entreprise pour 110 habitants, et trois fois plus dense en Corse
Rapporté à la population, le tissu artisanal du bâtiment donne une entreprise pour 110 habitants, soit une petite vingtaine par commune française en moyenne. La moyenne masque un écart considérable.
La Corse compte 6 740 entreprises pour un peu plus de 350 000 habitants : une pour 53. Les Hauts-de-France en comptent 35 827 pour six millions d’habitants : une pour 168. Trois fois moins dense, dans une région pourtant plus peuplée que la moyenne. L’Île-de-France concentre le plus gros volume avec 142 264 entreprises, et se situe à une pour 86.
La densité suit le parc de logements individuels, le tourisme et la résidence secondaire, pas le nombre d’habitants. La rénovation de maisons fait des chantiers courts et dispersés, qu’une grande entreprise ne peut pas prendre sans y perdre.
Près d’un tiers des entreprises relèvent du régime micro, et pas dans les mêmes métiers
Sur 621 803 entreprises, 200 386 sont des micro-entreprises. La proportion varie fortement d’un corps d’état à l’autre, et elle suit le coût d’entrée dans le métier.
La peinture atteint 54 802 micro-entreprises sur 129 555, soit 42 % : un rouleau, une échelle, un véhicule. La plâtrerie et l’isolation suivent à 38 %, l’électricité à 37 %. La maçonnerie tombe à 23 %, la serrurerie à 25 %. Matériel lourd, local, machine.
Deux records pour un même corps d’état : la plus forte part de micro-entreprises, et le moins de salariés par entreprise. C’est le même fait mesuré deux fois.
Ces entreprises ne sont pas des coquilles pour autant. Faute d’un chiffre d’affaires déclaré sur huit trimestres, elles sont radiées.
Un chef d’entreprise sur trois a dépassé la cinquantaine
Chez les non-salariés du bâtiment, 38 % ont 50 ans ou plus en maçonnerie et carrelage, 39 % en peinture, 33 % en couverture-plomberie-chauffage. Les métiers de la pierre montent à 46 %, la serrurerie à 43 %.
À l’autre extrémité, les moins de 30 ans font 14 % des non-salariés de l’électricité, 12 % de la couverture-plomberie, mais 7 % seulement dans les métiers de la pierre. L’électricité attire donc deux fois plus de jeunes installés que la taille de pierre.
Les femmes sont 2 % des non-salariés de l’électricité et du plâtre, 3 % en maçonnerie, 6 % en peinture. Un seul secteur sort du lot : les métiers de la pierre, 19 %, tirés par les services funéraires.
Questions fréquentes
Combien d’artisans du bâtiment y a-t-il en France ? Entre 412 500 et 621 803 selon le périmètre retenu. Le premier chiffre écarte la plupart des micro-entrepreneurs, le second les inclut tous.
Quel corps d’état compte le plus d’entreprises ? La maçonnerie et le carrelage, avec 165 760 entreprises, dont 116 124 en maçonnerie générale et gros œuvre. La peinture suit avec 129 555.
Combien d’artisans du bâtiment n’ont aucun salarié ? 457 650, soit près de trois entreprises sur quatre parmi celles de dix salariés au plus. Viennent ensuite 86 919 entreprises d’un ou deux salariés.
Un micro-entrepreneur du bâtiment compte-t-il comme artisan ? Au sens du répertoire des métiers, oui, dès lors qu’il y est inscrit. Les statistiques professionnelles, elles, le sortent souvent du compte, ce qui explique la plus grande part de l’écart entre les chiffres publiés.
Ce que ces chiffres disent ensemble
Le bâtiment artisanal est un tissu d’entreprises individuelles, pas de petites sociétés. Moins d’un salarié par unité en moyenne, 457 650 structures sans aucun employé, un tiers sous régime micro. Les 8 797 entreprises du bâtiment de 20 salariés et plus sont l’exception, même si elles portent 40 % de l’emploi salarié du secteur.
Ce format rend le décompte très sensible au périmètre. Quand les trois quarts d’une population sont des unités d’une personne, tout se joue sur la frontière entre l’activité principale et l’appoint, et aucun organisme ne la place au même endroit. Les chiffres publiés par la CAPEB donnent le décompte le plus large ; les fédérations d’employeurs retiennent le plus étroit. Aucun des deux n’est faux.