245 847. C’est le nombre de médecins en activité recensés au tableau de l’Ordre national des médecins, tous modes d’exercice confondus. Le même tableau porte 343 562 inscrits : l’écart, près de cent mille personnes, ce sont pour l’essentiel des retraités qui restent inscrits sans plus soigner personne. Et parmi les 245 847 actifs, 83,5 % seulement exercent de façon régulière, soit environ 205 000 médecins. Trois nombres, trois réponses, et c’est le premier obstacle de cette question.
- 245 847 médecins en activité, pour 343 562 inscrits au tableau de l’Ordre
- environ 205 000 en activité régulière, hors remplaçants et cumul emploi-retraite
- 41,8 % de généralistes, le reste en spécialités médicales et chirurgicales
- 47,0 % de salariés, désormais devant le libéral exclusif (41,6 %)
- un peu plus de 350 médecins en activité pour 100 000 habitants, de 175 dans l’Ain à 918 à Paris
- 34 950 diplômés hors de France, soit 14,2 % des actifs
- 49,9 ans d’âge moyen, et 50,5 % de femmes pour la première fois
- 2,9 consultations de généraliste par habitant et par an dans la commune médiane
Trois comptes distincts, et un seul renseigne sur l’accès aux soins
L’Ordre range ses inscrits par statut, et les trois étages ne se valent pas. Les 343 562 inscrits comprennent les retraités sans aucune activité, environ 27 % du total : les compter gonfle l’offre de soins d’un quart. Les 245 847 actifs englobent les remplaçants et les médecins en cumul emploi-retraite, dont le temps de travail n’a rien de celui d’un cabinet ouvert toute la semaine. Restent les actifs réguliers, environ 205 000.
C’est ce dernier chiffre qui compte, et c’est celui qui progresse le moins. Sur seize ans, il a gagné 2,6 %, quand l’effectif des retraités en activité était multiplié par plus de quatre et celui des remplaçants augmentait des deux tiers. La part des réguliers parmi les actifs est tombée de 92,8 % à 83,5 %. La profession se maintient donc de plus en plus par des médecins qui exercent à temps partiel ou par intermittence.
| Ce que recouvre le chiffre | Effectif |
|---|---|
| Inscrits au tableau de l’Ordre | 343 562 |
| Médecins en activité, régulière ou non | 245 847 |
| Médecins en activité régulière | environ 205 000 |
| Retraités sans activité | environ 93 000 |
L’Ordre et la DREES ne comptent pas la même chose
La DREES annonce 237 200 médecins en activité là où l’Ordre en compte 245 847. Neuf mille d’écart, sur des populations censées être identiques. Les deux organismes lisent deux registres différents.
L’Ordre part de ses tableaux départementaux, où l’inscription conditionne le droit d’exercer. La DREES part du répertoire partagé des professionnels de santé, alimenté par les agences régionales de santé, et dont l’unité de base est l’activité, pas la personne : un médecin y déclare en moyenne 1,6 activité, contre 1,2 il y a une quinzaine d’années, à mesure que l’exercice mixte se répand. Ajoutez des dates de référence décalées d’une année et des champs qui ne se recouvrent pas. Les médecins du service de santé des armées, par exemple, échappent à l’inscription ordinale.
Un écart de 3,5 % entre deux sources publiques, sur un effectif de cette taille, reste modeste. Autant le savoir avant de citer un chiffre, plutôt que de tomber sur un autre article qui en donne un différent.
Les généralistes sont les seuls dont l’effectif ne monte pas
Sur les 245 847 actifs, 41,8 % sont spécialistes en médecine générale, soit un peu plus de 102 000 praticiens. Ils étaient 48,0 % des actifs seize ans plus tôt. En effectif brut, leur nombre a reculé de 0,6 % sur la période, quand les spécialistes médicaux gagnaient 28,0 % et les spécialistes chirurgicaux 25,5 %.
Derrière elle, les gros bataillons se comptent en milliers : environ 16 000 psychiatres, 14 300 chirurgiens, 13 500 anesthésistes-réanimateurs et 13 200 praticiens des plateaux médico-techniques (radiologie, biologie, médecine nucléaire), selon la DREES. À l’échelle du système de soins, ces effectifs restent modestes : les infirmiers dépassent 600 000, deux fois et demie le corps médical.
Cette bascule pèse au-delà du tableau. La médecine générale est la porte d’entrée du système de soins : elle absorbe la demande courante et oriente vers le reste. Un effectif stable pendant que la population vieillit revient à une baisse de l’offre par habitant, et c’est de là que vient l’essentiel de ce qu’on appelle les déserts médicaux.
Le salariat est passé devant le libéral
Le mode d’exercice a changé de camp. L’activité salariée occupe 47,0 % des médecins en activité, contre 42,2 % onze ans plus tôt, et devance désormais l’exercice libéral exclusif, à 41,6 %. L’activité mixte complète le tableau avec 11,4 %. En volume, les libéraux exclusifs ont perdu 4,7 % sur la période, les salariés gagné 22,3 % et les mixtes 23,2 %.
Le détail par spécialité sépare deux métiers. Chez les généralistes, le libéral exclusif reste majoritaire, à 54,7 %, et il en va de même chez les chirurgiens, à 44,4 %. Chez les spécialistes médicaux, le salariat rassemble 59,9 % des praticiens : la radiologie, la biologie ou la médecine nucléaire s’exercent dans des structures, pas dans un cabinet de deux pièces.
De l’Ain à Paris, la densité varie du simple au quintuple
Le total national donne un peu plus de 350 médecins pour 100 000 habitants, soit un médecin pour 280 habitants. Cette moyenne ne décrit aucun territoire réel.
| Territoire | Médecins en activité pour 100 000 hab. |
|---|---|
| Paris | 917,8 |
| Hautes-Alpes | 561,8 |
| Alpes-Maritimes | 483,5 |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur (région) | 432,1 |
| Île-de-France (région) | 396,1 |
| Hauts-de-France (région) | 313,3 |
| Centre-Val de Loire (région) | 266,1 |
| Mayenne | 192,5 |
| Eure | 176,3 |
| Ain | 175,2 |
Les densités relevées par l’Ordre dessinent une diagonale mal dotée du nord-est au sud-ouest, qui passe par le centre de la métropole. Rapportée aux seuls habitants de 65 ans et plus, ceux qui consomment le plus de soins, la fracture s’aggrave : 676,8 médecins pour 100 000 seniors dans l’Indre, 690,5 dans la Creuse, contre 5 243,9 à Paris. Sur seize ans, le Gers a perdu 14,9 % de densité et les Yvelines 14,6 %, pendant que les Hautes-Alpes en gagnaient 39,9 %.
Plus de médecins ne fait pas toujours plus de rendez-vous
Compter les praticiens d’un territoire ne dit pas ce qu’un habitant peut obtenir. L’accessibilité potentielle localisée, construite par la DREES et l’Irdes, mesure autre chose : le nombre de consultations de médecine générale théoriquement accessibles par habitant et par an, compte tenu de l’activité réelle des praticiens, de l’âge de la population et des déplacements.
Dans la commune médiane, il s’établit à 2,9 consultations par habitant et par an. Il tombe à 1,4 dans les 10 % de communes les moins dotées et atteint 4,5 dans les 10 % les mieux dotées, soit un rapport de 3,1, contre 2,7 sept ans plus tôt. Le seuil administratif de zone sous-dense est fixé à 2,5 : la moitié des communes s’en approche.
Sur la même période, 526 bassins de vie ont gagné des généralistes tout en perdant de l’accessibilité, parce que la population y a augmenté et vieilli plus vite que l’offre. Et 772 bassins ont vu les deux reculer ensemble. La patientèle moyenne d’un médecin traitant est passée de 898 à 1 033 patients en sept ans.
Un médecin en activité sur sept a été diplômé à l’étranger
34 950 médecins en activité ont obtenu leur diplôme hors de France, soit 14,2 % des effectifs, contre 7,1 % seize ans plus tôt. Leur nombre a plus que doublé, avec une progression de 127,7 %. Aucun département n’y échappe, mais la répartition est très inégale : 2 529 à Paris, 1 364 dans le Val-de-Marne, 1 199 dans le Nord, contre 41 en Lozère.
Le recours varie surtout selon la spécialité. Les diplômés étrangers représentent 22,6 % des spécialistes chirurgicaux et 18,7 % des spécialistes médicaux, mais 6,8 % seulement des généralistes. Parmi les diplômes obtenus dans l’Union européenne, 42,8 % viennent de Roumanie ; hors Union, 36,1 % d’Algérie. Le détail de ces répartitions figure dans l’atlas de la démographie médicale publié par l’Ordre.
La profession se recompose aussi par l’âge et par le sexe. L’âge moyen des actifs est descendu à 49,9 ans, les moins de 40 ans forment 31,1 % des effectifs et repassent devant les 60 ans et plus, à 29,6 %. Et pour la première fois, les femmes sont majoritaires : 124 155 contre 121 691 hommes.
Ce que ces chiffres disent ensemble
Le total remonte pendant que l’accès se dégrade. Les deux se vérifient en même temps, et une question posée en nombre de têtes ne permet pas de les départager. Un effectif d’actifs qui progresse de 1,9 % par an recouvre une masse de temps médical qui progresse beaucoup moins, puisque la croissance vient d’abord des retraités en cumul et des exercices partiels. Rapportée à une population qui vieillit, cette masse recule là où elle était déjà la plus mince.
Ce qu’un patient obtient se lit ailleurs : 2,9 consultations par habitant et par an dans la commune médiane, avec un écart de 1 à 3,1 d’un bout à l’autre du territoire. De tous les indicateurs cités ici, c’est le seul qui ne s’améliore pas.